Vous souhaitez partager les archives de vos ancêtres lors de la première guerre ?

Contactez-moi

Merci

Vous recherchez un lieu, une carte, le parcours succinct d’un régiment, des photos

NOUVELLE MISE A JOUR LE 15 avril 2014

samedi 12 mars 2011

Avant les chauves-souris et les touristes, des soldats..


Le parc commémoratif du Canada à Vimy, « morceau » de terre de 107 hectares donné par la France au Canada, est l'un des sites majeurs du tourisme de mémoire en Artois. Cet endroit est aussi connu sous le nom de « crête de Vimy », ou alors « côte 145 », point le plus élevé de cette colline longue de quatorze kilomètres.

La suite sur La voix du nord

À Ypres (B), Piet Chielens accompagne le renouveau du musée de la Grande Guerre


Piet Chielens est le responsable d'In Flanders Fields Museum, le musée consacré à la Première Guerre mondiale, à Ypres (Ieper) depuis sa création en 2008. Actuellement, il supervise la métamorphose de la structure logée dans les halles aux draps. La transformation durera deux ans.

La suite sur La voix du nord

VERDUN, VISIONS D’HISTOIRE Février 1916.


Le Fils profite d’une permission pour aller embrasser sa famille. Pas d’inquiétude, l’ennemi est loin, il fait meilleur vivre à Verdun qu’à Paris. Mais à son retour sur le front, on annonce l’attaque imminente des Allemands sur ordre de l’empereur Guillaume II. Dans les campagnes autour de la Meuse, les villages sont évacués. Le Mari regarde partir sa Femme et ses enfants. Le vieux paysan, lui, refuse de quitter sa terre et reste seul dans sa maison, à attendre le choc. Le balancier de la pendule décompte les heures avant le grand bombardement allemand...

La suite sur objectif-cinema

LONGPONT : UN VILLAGE PARRAINÉ PAR NEUILLY EN 1919


Le service des archives municipales vous propose de découvrir l'histoire de Longpont, village de l'Aisne partiellement détruit pendant la première guerre mondiale, que Neuilly a parrainé en 1919.

La suite sur Neuilly journal

vendredi 11 mars 2011

209e R.I., QUELQUES BELLES CITATIONS


BONNELIE (André), sous-lieutenant :
Blessé à trois reprises différentes, a chaque fois refusé d'abandonner son commandement. A exécuté seul des patrouilles périlleuses et s'est porté en rampant sous les fils de fer allemands. Le 24 décembre, a maintenu, dans la tranchée, par son énergique intervention, la compagnie ébranlée qui venait de perdre son chef. Le 30 décembre, blessé avec plusieurs hommes par éclats d'obus, a conservé le commandement de sa section malgré une perte abondante de sang ; ne s'est fait panser, sans quitter la tranchée, que pendant une accalmie. Doué d'une faculté d'observation et d'un sang-froid remarquable qu'il pousse jusqu'à la témérité, a, par son courage et sa décision, conquis la confiance complète de ses hommes et l'admiration de ses camarades. (J.O. du 21 janvier 1915.)

DELBEZ, caporal :
Est monté à l'assaut de la tranchée (cote 208, à la ferme de la Serlines) suivi d'une poignée d'hommes, a sauté au milieu des Allemands, a désarmé de sa main l'officier qui les commandait et les a obligés à se rendre.
(J.O. du 21 janvier 1915.)

RIVAT-DELAY, commandant :
A pris le commandement du régiment, le colonel étant blessé. A été atteint d'une balle à la cuisse en allant reconnaître, sous le feu des mitrailleuses, une compagnie allemande qui avait tourné une tranchée française. A conservé, malgré tout, le commandement, et, après s'être traîné sur le sol pour rejoindre une compagnie du 209e menacée d'être tournée, s'est dressé pour que ses hommes ignorent sa blessure et a été atteint mortellement d'une seconde balle.
(Ordre général n° 124 du 7 octobre 1914.)

BOUE, lieutenant :
Blessé gravement le 27 août, à Raucourt, d'une balle au bras droit, réintègre son corps à peine guéri. A l'attaque du 12 février 1915, s'élance à la tête de sa compagnie sur les tranchées ennemies. Malgré le feu terrible des mitrailleuses et le tir de barrage des 105, atteint la tranchée allemande avec une poignée d'hommes. Entouré personnellement et sommé de se rendre, décharge son revolver sur l'ennemi et est frappé à mort.
(Ordre général n° 190 du 6 mars 1916)

DECAS (Denis), lieutenant :
Commandant de compagnie, s'est toujours fait remarquer par son courage et son sang-froid. A effectué personnellement, et souvent seul, de multiples patrouilles, présentant de très nombreux dangers. Blessé en se portant au secours d'un de ses hommes mortellement atteint et dont il a ramené le corps dans la tranchée.
(Ordre général n° 148 du 21 décembre 1914,)

GORSE (Henri), adjudant :
Blessé très grièvement, a encouragé les soldats blessés avec lui, a tenu à être soigné le dernier de tous, et lorsque son tour est arrivé, n'a voulu être pansé que debout.
(Ordre général n° 148 du 21décembre 1914,)

FOURCADE (Jean), soldat :
Soldat d'un entrain et d'une bravoure admirables. Au coup de main exécuté le 23 avril 1916 sur les positions adverses du bois d'Avocourt, a pénétré délibérément avec son chef de section dans la tranchée allemande, en a chassé l'ennemi à coups de grenades, a fait des prisonniers et a contribué ensuite à arrêter avec la plus belle énergie les contre-attaques.
(Ordre général n° 189 du 23 mai 1916,)

GAILLARD (François), soldat :
Soldat de la classe 1899, sujet modèle, ayant donné maintes preuves de sa vaillance. Dans la nuit du 11 au 12 février 1917, a, par son sang-froid, arrêté seul une patrouille allemande, lui tuant un homme et mettant en fuite les autres, donnant ainsi le temps d'alerter ses camarades.
(Ordre du 17e C.A. n° 215 du 24 février 1917,)

LARRUE, soldat :
Le 26 septembre, a tenu tête avec quatre de ses camarades à une quarantaine d'ennemis ; en a tué trois à 20 mètres ; ne s'est retiré que lorsque l'ordre lui en a été donné, tous ses camarades ayant été tués.
(Ordre de l'Armée du 7 novembre 1914,)

TARRIDE (Fernand), soldat :
Le 31 mars 1916, dans le bois d'Avocourt, au cours d'une reconnaissance, se trouvant avec trois camarades sous le feu de nos tirailleurs trompés par l'obscurité, s'est dressé pour faire cesser-le feu, répondant à ses amis terrés : « Si je suis tué, tant pis, ma mort aura toujours servi à quelqu'un. »
(Ordre n° 95 de la 34e D.I. du 218 avril 1916,)


Source Historique du 209ème Régiment d’Infanterie
Avec l’aimable autorisation de Jean-Luc Dron.

jeudi 10 mars 2011

mardi 15 février 2011

Monument aux volontaires américains de la Première Guerre mondiale


Le 4 juillet 1923, sur la place des États-Unis, le président du Conseil Raymond Poincaré inaugura un monument aux volontaires américains de la Première Guerre mondiale érigé par souscription publique(*). La statue de bronze est l'œuvre du sculpteur Jean Boucher qui a travaillé d'après une photographie d'Alan Seeger. Son nom se trouve à l'arrière du monument sur lequel sont gravés ceux des 23 autres Américains tombés dans les rangs de la Légion étrangère. Sur le socle, de chaque côté, sont gravées deux citations du poète traduites par Alain Rivoire, extraites de Ode à la mémoire des volontaires américains tombés pour la France, écrite peu avant sa mort pour être lue devant les statues de La Fayette et de Washington à Paris au Decoration Day, le 30 mai 1916 :

Ils ne poursuivaient pas de récompenses vaines, ils ne désiraient rien que d'être sans remords, frères des soldats bleus, à l'honneur à la peine et de vivre leur vie et de mourir leur mort.
Salut frères, adieu grands morts, deux fois merci. Double à jamais est votre gloire d'être morts pour la France et d'être morts aussi pour l'honneur de notre mémoire.

* Le 21 janvier 1917, 13 jours avant la rupture des relations diplomatiques entre les États-Unis et l'Allemagne, avait été organisée à Paris à la Comédie-Française, une soirée d'hommage aux volontaires américains engagés dans les troupes françaises. Présidée par le sous-secrétaire d'État à l'Administration militaire, René Besnard, cette cérémonie avait été marquée par le lancement d'une souscription publique dans le but d'ériger un monument aux volontaires américains



Je ne sais pas à qui revient la responsabilité d’entretenir ce monument (Etat, ville de Paris ou autres ?) mais il n’est pas entretenu !

A noter que ce monument se trouve dans un des arrondissements les plus riches de Paris (le 16e*)


* Voir le prix de vente de cet ]ôtel particulier avec cependant quelques travaux à prévoir (la publicité est gratuite)


Sources Texte Wikipédia, photos collection personnelle janvier 2011

lundi 14 février 2011

Le 285e RI en Artois


Attaque du 16 juin 1915
- En Artois. - Angres.-

Le 16 juin, à l'heure H (tenue secrète), le 285e doit former l'aile gauche de la ligne d'attaque de la 10e Armée.
Le front d'attaque du régiment est compris entre le chemin Bully-Angres et le chemin Aix-Noulette-Angres.
Le 6e Bataillon est à gauche, prolongé par une compa­gnie du 256e qui doit attaquer la face sud des Ouvrages-­Blancs. Le 5e Bataillon se retire à droite avec la Division marocaine qui a, comme objectif, « Les Abatis ». Chaque bataillon doit comprendre deux vagues d'attaque et une réserve.
A 11 heures, l'heure H est communiquée, c'est 12 h. 45. A l'heure fixée, la première vague part dans un magni­fique élan, beaucoup trop bien alignée même, et atteint presque sans perte la première ligne allemande, en grande partie évacuée par les Allemands ; les quelques Boches laissés là font de suite « Camarade ! », se déséquipent à la hâte et courent à nos lignes pour se rendre.
L'attaque devait avoir été éventée, car, à peine deux minutes après le départ de la première vague, un barrage formidable d'artillerie de tous calibres s'abat sur notre ligne de départ, balayée en même temps par le tir d'écharpe d'un grand nombre de mitrailleuses sous béton, non détruites par notre préparation d'artillerie et en bonne position sur la face sud des Ouvrages-Blancs.
La deuxième vague ne peut donc sortir des tranchées sans courir le risque d'être hachée sans résultat. Cepen­dant, un peloton de la 22e Cie, sous les ordres du capitaine Combes, sort de la parallèle de départ et essaie de rejoin­dre la première vague. Il est en grande partie fauché par les mitrailleuses, puis, finalement, arrêté par des fils de fer en avant de la tranchée allemande. C'est dans ce réseau que le capitaine Combes est tombé héroïquement en entraînant ses hommes.
Les occupants de la tranchée conquise se mettent immé­diatement à l'œuvre pour la retourner. Des tentatives de liaison avec la tranchée de départ sont faites de part et d'autre, mais ne réussissent pas ; le barrage de mitrail­leuses est tellement violent qu'un périscope, montré quel­ques secondes, est infailliblement brisé.
Vers 15 heures 45, la première vague est violemment bombardée ; à 16 heures, elle est vigoureusement contre-­attaquée par des colonnes venant de deux côtés, d'Angres et des Ouvrages-Blancs. La résistance est poussée jusqu'à épuisement des cartouches et des grenades ; après quoi, un mouvement de repli, qui commence aussitôt, est or­donnée par les Commandants de Compagnies.
Le lieutenant Dupuis, commandant la 23e Cie, tombe mortellement frappé, après avoir fait quelques mètres seulement dans la direction de nos lignes.
Une partie de la première vague rejoint la parallèle de départ ; une autre partie, succombant sous le nombre, se rend. Quelques hommes se terrent dans des trous d'obus et ne peuvent rejoindre nos lignes qu'à la nuit ; parmi eux, il s'en trouve qui, déjà désarmés et déséquipés par les Boches, réussissent à leur brûler la politesse.
L'attaque du 285e a échoué ; il avait, sur son flanc gau­che, une trop forte position, presque intacte ; mais, le but a été atteint : le régiment a attiré sur lui le feu de l'artillerie et des mitrailleuses allemandes, permettant ainsi à la Division marocaine d'atteindre ses objectifs.
Si l'engagement fut court, les pertes furent sévères.
Le lieutenant-colonel d'Origny lut littéralement mis en pièces par un obus, alors que, sous un bombardement d'une extrême violence, il se rendait, en terrain découvert, du 5e au 6e bataillon.
Le capitaine Combes, commandant la 22e compagnie ; le lieutenant Dupuis, commandant la 23e compagnie, tom­bèrent héroïquement dans les conditions déjà relatées.
Le lieutenant Richen, de la 22e compagnie, fut tué d'une balle dans la tête, alors que, très bravement, il étudiait l'organisation de la tranchée conquise.
Le lieutenant Leverrier, de la 2e compagnie, tomba glorieusement en entraînant ses hommes à l'attaque.
Le sous-lieutenant Millet succomba en combattant avec la plus grande vaillance à la grenade.
Les sous-lieutenants Galliot (17e Cie} et Flipo (18e Cie) furent très grièvement blessés et ne purent rejoindre nos lignes qu'à la nuit, après des prodiges d'énergie.
Le sous-lieutenant Gravier (18e Cie), blessé légèrement et tapi dans un trou d'obus, ne put rejoindre nos lignes qu'à la nuit ; ce jeune officier rapporta les renseignements les plus précieux sur l'organisation de la position alle­mande.
Le nombre des officiers, des sous-officiers, caporaux et soldats tués, blessés ou disparus au cours de ce combat, glorieux pour le régiment, s'est élevé à 652, soit un tiers de l'effectif, en quelques heures de combat.
Le 17 juin, à 9 heures, en plein jour, le régiment est relevé par le 295e et passe en 2e ligne (Fossé de la Car­bonnière).
Cette relève attire l'attention de l'ennemi ; aussi, se fait-­elle sous un violent bombardement qui cause de nou­velles pertes.
Le 18 juin, à 21 heures, le régiment va se reposer et se reformer dans les cantonnements occupés avant l'attaque : 6e bataillon, à Petit-Sains ; 5e bataillon, à Gavion.
Il demeurera dans ces cantonnements jusqu'au 29 juin.
Le 18 juin, le lieutenant-colonel Lévy prend le commandement du Régiment
Le 19, un renfort de 570 hommes permet de reformer les unités ; des nominations de capitaines et de sous-­lieutenants sont faites pour reconstituer l'encadrement.


Source Historique du 285e R.I.
– Imprimerie BOURRA, boulevard de la République COSNE -

jeudi 10 février 2011

Une plaque envolée


Sur le monument des ‘Jagers’ à l’Hartmann, une plaque a disparu



Si vous la voyez sur le net, n’hésitez pas à me contacter.

Merci

mercredi 9 février 2011

Les loups du Bois le Prêtre, le 167 R.I.

Attaques du Bois-le-Prêtre.
Combats préliminaires.

Le mois d'octobre voit le commencement de la guerre de tranchées. Chacun des deux adversaires s'organise sur les positions occupées. Un calme relatif s'établira sur certains secteurs du front, alors qu'au contraire, certains points im­portants, convoités par les deux partis vont devenir le théâtre de luttes acharnées.
Le Bois-le-Prêtre fut un de ces points. Sa position domi­nant la Moselle, donnait à l'occupant des vues sur Metz ou sur Toul, un commandement sur la Woëvre de Thiaucourt, ou sur la Woëvre de Toul. Aussi, les Allemands ne se voyant pas inquiétés dans leur repli de septembre, le gardèrent-ils précieusement.
Ils organisèrent très fortement et rapidement, avec les matériaux facilement transportables de Metz, les deux gros bastions du Bois-le-Prêtre et du bois de Mort-Mare et quelques points d'appui (ferme d'Assoncourt, Remenauville, Régné­ville). Ce Bois-le-Prêtre, dans lequel huit mois de luttes conti­nuelles allaient illustrer le régiment, ne paraissait pas cepen­dant à première vue un obstacle insurmontable. Les champs à I'est de Fey-en-Haye, tachetés de tous les tas de gerbes abandonnées après la coupe des avoines, montaient en pente douce insensiblement vers le bois. Les grands arbres de la cote 372 barraient l'horizon ; sur les lisières, la retombée des branches touchait les gros buissons des haies en bordure.
Les lisières est, coupées d'anciennes carrières, s'abaissaient assez brusquement sur les rives de la Moselle, supportant de jolies villas et les maisons blanches du village de Haut-de-­Rieupt.
Mais, derrière ce masque, presque riant c'est l'inconnu des profondeurs du bois, où l'ennemi travaille âprement ; hautes futaies sombres ou taillis touffus où l'assaillant, qui devait se frayer un chemin à la serpe, était fusillé à bout portant par des postes invisibles. Ravins marécageux au fond desquels il se heurtait sans abri possible, à de formidables blockhaus en troncs d'arbres.

Le mois d'octobre est consacré à examiner le travail croissant de l'ennemi, sans pouvoir l'empêcher efficacement, notre artillerie devant être très avare de ses munitions ; insensiblement les tranchées se moulent sur celles de l'en­nemi, les réseaux de fil de fer sortent du sol côte à côte, limitant chaque jour le champ d'investigation des patrouil­les.
L'attaque de la position est ordonnée par le flanc est du Bois-le-Prêtre. Le régiment doit l'exécuter.
Pendant que les bataillons du 168e régiment d'infanterie cherchent à s'infiltrer vers la Fontaine-des-Cerfs, le 3e ba­taillon du régiment qui occupe Clos-Bois et Montauville s'empare par surprise de quelques petits postes au sud du bois. Le 25 octobre, le lieutenant Chéry (12e compagnie) fait 4 prisonniers et tue le reste de l'effectif du petit poste, 15 hommes. Le 30 octobre, le bataillon occupe la lisière sud et attaque les défenses signalées autour de la Fontaine-du-Père-Hilarion. L'attaque faite avec la seule préparation des fusils et des mitrailleuses, ne peut progresser que de 200 mètres. L'en­nemi, terré dans les blockhaus invisibles au fond des ravins, se défend avec rage.
Le 1er bataillon, puissamment aidé par ses mitrailleuses, s'empare le 21, très rapidement, des premières maisons de Haut-de-­Rieupt (2e compagnie), les 3e et 4e compagnies occu­pent la partie est de la Fontaine-du-Père-Hilarion. Le 1er no­vembre, une nouvelle attaque doit être arrêtée après des perles sévères, par suite du manque total d'artillerie. L'en­nemi contre-attaque sans arrêt et se sert d’une artillerie puissante et disciplinée. Les positions conquises sont organisées aussitôt.
Au cours de tous ces combats préliminaires, le sous-lieutenant de Rocquignv, en particulier, se signale par l'audace et le bonheur des patrouilles qu'il dirige.
Une accalmie relative s'établit dans cette partie du bois après le 1er novembre. Le 3e bataillon, avec des renforts de la classe 1914, commandé par le capitaine Pierrard, en assure la défense jusqu'en fin février 1915.
Le 18 novembre, le 1er bataillon vient relever le 168e régiment d'infanterie dans la partie ouest où ce régiment a refoulé I'ennemi, par des combats journaliers Jusqu'à la tranchée de Fey. Le 1er bataillon continue cette tache avec sa coutumière ardeur.
Le 3e bataillon reste seul dans le ravin de la Fontaine-du-Père-Hilarion. Il attaque le 7 décembre avec une forte participation d'artillerie. Après trois jours de lutte très violente dans l'inconnu du bois, l'ennemi est refoulé jusqu'à 1.500 mètres du point de départ, laissant entre nos mains 1.200 prisonniers et un matériel important avec le village de Haut-de-­Rieupt en entier. Malgré de nombreuses contre-attaques, tous les gains sont conservés. Les exemples d'héroïsme abon­dent :
Le soldat Lagarde, de la 9e compagnie, s'offre pour aller cisailler des réseaux. Il rampe sous des feux nourris de mi­trailleuses très rasants sur ce terrain en pente. Il réussit à faire la brèche. Il recommence au deuxième réseau et tombe frappé à mort. D'autres le remplacent. Des sous-officiers comte. Monts et Béguet, se précipitent sur les brèches et s'emparent des tranchés ennemies.
Les jours suivants, le 3e bataillon réduit quelques résis­tances opiniâtres et, malgré les difficultés du terrain, pousse ses tranchées à hauteur des carrières de Norroy point cul­minant de la partie nord-est du Bois-le-Prêtre. Ce bataillon resta isolé du régiment sur ce terrain jusqu'au 4 mars 1915.

Source : Historique du 167e Régiment d’Infanterie, BDIC

mercredi 2 février 2011

LA GUERRE DE MINES


La Côte 108.

La côte 108 allonge sa silhouette tourmentée dans la presqu’île triangulaire que détermine la jonction du canal latéral à l'Aisne et du canal de l'Aisne à la Marne. Sa pente orientale s'incline mollement vers les larges ondulations de la montagne de Sapi­gneul ; sa pente occidentale s'infléchit brusquement vers les ruines de Moscou, retenue en son milieu par deux accidents de terrain : au Nord, la carrière Française aux versants grisâtres, au Sud, une butte massive qui arrête et fixe les décombres de la falaise.
La guerre en a bouleversé la physionomie et le dessin primitifs. Du somptueux manteau de verdure, elle n'a laissé subsister que de maigres touffes brûlées et quelques chétifs sapins à flanc de coteau. De l'architecture tabulaire initiale, elle n'a respecté que les grandes lignes, creusant dans la nappe crayeuse de l'Ouest de profondes déchirures bordées de monceaux d'éboulis. Un éperon jaunâtre au sommet dénudé et légèrement bombé, aux flancs abrupts, déchiquetés et tachetés de blanc, telle apparaît la côte 108 dans le cadre monotone des collines boisées environnantes.
Son originalité topographique issue de l'âpreté de la lutte s'explique par son importance stratégique. Sentinelle enfoncée en coin dans nos lignes, la côte 108 domine en surplomb notre système fluvial, notre réseau viaire, nos positions d'artillerie, l'Aisne, les canaux, la grand'route de Reims, le bois des Geais, le Massif de Cormicy. Elle croise ses feux avec ceux de Craonne et de Briment pour prendre de flanc tout mouvement qui tenterait de déborder ces deux forteresses. C'est une pièce capitale du système défensif allemand. Les Saxons la défendent avec une énergie farouche, teintée de mysticisme. Perchés sur la crête, ils défient orgueilleusement les Français nichés dans le flanc crevassé. Impuissants à se saisir corps à corps sur un terrain découvert, pilonné par l'artillerie et battu par les torpilles, les adversaires percent la masse crayeuse et s'exterminent à coups de mines et de camouflets dans des combats souterrains.
Le 25 Avril, à l'heure où le 1er de Ligne, prend la responsabilité du secteur, la situation tactique se présente sous un jour sombre. Les Français, appuyés au canal desséché de Sapigneul, ont poussé leurs travaux d'approche jusqu'à mi-pente. Au Nord, ils tiennent les ruines de la Cimenterie ; leurs avant-postes séparés des. Allemands par la largeur d'un couloir occupent un compartiment de la maison Franco-Boche. Au centre, ils se blottissent dans les caves de la Carrière ; un escalier en lacet escalade la pente et aboutit aux deux bourrelets qui accusent dans le flanc crayeux la présence de nos troupes. Au Sud, ils se cramponnent aux parois croulantes de la Butte. Les Allemands, à l'abri d'une ceinture de chevaux de frise et d'un rideau hérissé de fil de fer, ont creusé au sommet de la côte les fortifications du Karlberg. La grande carrière qui entaille le flanc Est sert de débouché à leurs pionniers, d'abri à leurs fantassins, de dépôt à leurs artilleurs de première ligne.
Les tranchées françaises étaient taillées à découvert dans un sol friable qui s'effritait au premier choc. Les soldats du 1er les garnirent de tôles ondulées et les consolidèrent avec des madriers et de puissants cadres en bois dur. La vie n'en était pas moins précaire. Tantôt les grenades meurtrières « manches à gigots » ou « tourterelles » frappaient, derrière son pare-balles, le guetteur vigilant ; tantôt les « gros » de Brimont s'abattaient en rafales, trouant les clayonnages, bouleversant les chevaux de frise et les sacs de terre ; tantôt, les torpilles à ailette s'élevaient des hauteurs du Karlberg, traçaient dans le ciel un sillon lumineux et retombaient en ronflant dans nos lignes, nivelant les positions, comblant les creux, renversant et enterrant les défenseurs par le jet d'énormes éclaboussures ou par le seul déplacement d'air. On voyait les sinistres emmurés surgir de l'enveloppe crayeuse, le visage marqué de blanc, les yeux hagards, les traits tirés, tels des spectres. Et quand nos batteries et nos crapouillots maîtrisaient à la surface l'activité des artilleurs ennemis, les poilus épiaient anxieusement dans les profondeurs du sol les bruits lointains qui signaleraient le fourneau de l'explosion prochaine.
Chaque jour, les équipes de pionniers s'acheminaient vers les puits d'extraction et se glissaient dans les couloirs ténébreux. D'un bras robuste maniant la pelle et la pioche, ils allongeaient sous les positions ennemies les sournois tentacules des galeries souter­raines. Parfois l'adversaire, mis en éveil par un sondage, faisait jouer un camouflet qui les broyait dans leur boyau. Parfois les hasards du creusement les amenaient effarés en présence des travailleurs ennemis. S'ils parvenaient sans encombre au but visé, le fourneau était foré et bourré de cheddite, le couloir d'écoule­ment bouché, la mèche allumée. Un craquement... une secousse... une énorme projection de matériaux... un tourbillon de flammes et de vapeurs qui emportait les défenseurs, une avalanche de craie qui les engloutissait... C'était une brèche nouvelle dans l'enveloppe déchiquetée de la côte 108. D'un bond les combattants, armés de la grenade et du pistolet automatique, se précipitent sur ce volcan fumant pour s'en disputer le cratère. Les seaux à charbon éclatent de toutes parts, les tirs de barrage s'allument, et malgré le bruit infernal, les gaz délétères, les torpilles et les schrapnells, les poilus, fiévreux mais stoïques, dégagent de leur linceul de pierre les cama­rades ensevelis vivants ou les corps en lambeaux des explosés.
Ces scènes horribles se renouvellent deux fois chaque semaine. Les soldats du 1er le savent. Ils frissonnent quand, des positions de soutien de Moscou, ils aperçoivent, empanachée de brume et de fumée la silhouette massive de la côte 108 où demain à la relève, ils sauteront peut-être. Néanmoins ils tiennent bon et prolongent six mois durant leur séjour sur ce volcan. Suivons-en brièvement les émouvantes péripéties.
Vers la fin Avril, quand le chef de bataillon Winkler, com­mandant le génie de la 1ère Division, prit en mains la direction de la guerre de mines, nous étions dangereusement handicapés. L'avance allemande, protégée par la carapace du Karlberg, menaçait nos positions de la Cimenterie. Pour l'enrayer, trois rameaux furent percés, l'un fonçant au centre vers la galerie allemande, l'autre la débordant à droite, le troisième la contour­nant à gauche suivant une ligne parallèle à l'à-pic de la Cimenterie.
Les travaux furent hâtivement poussés, la compagnie du génie 1/1, un détachement de mineurs territoriaux et 160 soldats du 1er se relayant jour et nuit. Le 23 Juin, le rameau central abordait aux tranchées allemandes. A 3 heures 15 un fourneau de 4650 kilos de cheddite explose emportant un pan de la crête dans un tourbillon de poussière blanche. Les positions ennemies crevées au centre par un entonnoir de 40 mètres de diamètre, comblées sur 80 mètres de longueur par un déluge de projectiles ne sont respectées que sur les ailes. Pour les nettoyer, deux patrouilles de douze hommes percent le barrage de gaz et d'obus. A gauche, le sous-lieutenant Cagnard tombe asphyxié, l'adjudant Sylvain décapité. Mais le soldat Beaucotte bondit dans les tran­chées boches, en abat les défenseurs et rentre dans nos lignes, ramenant pieusement dans ses bras le corps de l'adjudant Sylvain. A droite, la troupe flotte un instant sous les émanations de gaz. De sa voix claironnante, le capitaine Remacle là raffermit et l'enlève : « Allons mes enfants, pour la France, en avant ! » L'aspirant Goubet fait irruption dans la ligne allemande, en déloge à la grenade des mitrailleurs saxons et regagne heureusement ses positions.
Pour amortir ces frictions que l'entrain combatif des Français rendait très douloureuses, les Allemands dessinèrent à coups de mines entre leurs positions et les nôtres un alignement de petits cratères. Ils exécutèrent dans les couches profondes de multiples sondages. Notre attaque par la gauche fut ajournée, notre attaque de droite fut éventée par l'ennemi. Le 11 Juillet, un sergent et deux sapeurs virent osciller sous des coups étrangers les parois de leur galerie souterraine. Haletants, ils étouffent les lumières, se collent sur le sol et attendent. La brèche s'agrandit ; bientôt, deux pionniers allemands s'avancent en rampant. Les nôtres se débus­quent, bondissent sur les intrus, ombres luttant avec des ombres, sans pouvoir les étreindre. Enfin des renforts français accourent. A coups de grenades les boches sont pourchassés dans leurs terriers. On se camoufle mutuellement et tout rentre dans le silence.
Pendant qu'en profondeur, mines et camouflets se répondaient suivant un rythme implacable, les Allemands accroissaient en surface la puissance de leur artillerie et tentaient de nous intimider par des arrosages quotidiens.
C'est dans un de ces bombardements; le 7 Juillet, que fut tué le lieutenant-colonel Hulot, commandant du 1er de Ligne, Sur le point de partir en permission, il avait exploré le secteur en compagnie de son remplaçant, le lieutenant-colonel Willer, du 78e Régiment d'Infanterie territoriale, et du capitaine Virmont, de l'Etat-Major de la 5e Armée. Il conversait avec eux à l'entrée de son poste de commandement près de la sucrerie de Moscou. Un obus siffle, quelques cyclistes témoins de la scène se couchent précipitamment. Le chef reste debout et tombe frappé à mort ainsi que ses deux visiteurs.
Ce geste suprême dans sa noble simplicité caractérise de façon saisissante l'âme forte et loyale que fut le colonel Hulot. Il ne concevait jamais qu'une attitude, celle du devoir, et l'adoptait - dût-il en mourir - sans forfanterie et sans raideur, avec calme et dignité. « Il fit excellemment tout ce qu'il avait à faire », sans qu'une ombre d'ambition personnelle ait jamais effleuré sa droiture native. La guerre qui fut si décevante aux qualités purement brillantes, en élargissant pour lui le cadre des respon­sabilités, ne fit qu'accuser davantage sa science professionnelle et sa vaste envergure morale. Sa mémoire restera pour le 1er de Ligne une leçon éclatante de conscience et d'honneur militaire.

Source BDIC Historique du 1er de Ligne

vendredi 28 janvier 2011

COUP DE MAIN ALLEMAND

1er R.I.
--------
1er Bataillon

RAPPORT SUCCINCT SUR LE COUP DE MAIN
ALLEMAND FAIT DANS LA SOIREE DU 12 SEPTEMBRE 1918
SUR LE G.C. TISSOT

Le 12 septembre vers 19h 30, les Allemands ont exécuté avec succès sur le G.C. TISSOT de la Cie H.W.K. un coup de main dans les conditions suivantes :
Vers 18h 45 bombardement violent par minen des G.C. de 1ère ligne du Quartier MOYRET – ROCHETTE (un kilomètre de front environ) et de la position intermédiaire COURTINE – PAU.
A la même heure bombardement par obus des mêmes positions et en arrière de la position du SILBERLOCH et des pistes y conduisant.
Les observateurs n’ont signalé que le bombardement, le crépitement de la fusillade et des mitrailleuses ayant été couvert par les nombreux éclatements.
Dès le commencement du bombardement le téléphone n’a pas fonctionné et le Commandant du Quartier a demandé des représailles par T.P.S. Le barrage a été demandé par fusées à 19h 10.
Les premiers renseignements reçus ne mentionnaient que le bombardement sans coup de main.
Cela provient certainement en fait que le Lieutenant TRANCHANT Commandant le P.A. H.W.K. a été tué avec sa liaison dès le début de l’affaire.
Des renseignements précis sont parvenus à 3h 30 (ordre avait été donné à la 3e Cie de se mettre en liaison avec le P.A. H.W.K.). Ils ont été transmis immédiatement au Colonel Commandant le S/Secteur B.

Nos pertes sont de :
Tués : 1 officier, 1 aspirant, 1 caporal-fourrier, 8 hommes.
Blessés : 2 hommes
Disparus : 1 caporal, 11 hommes (10 de la 1ère et 1 de la 3e ).
Tous les G.C. ont été réoccupés après le bombardement.

P.C. MEUDON, le 13 septembre 1918.
Le Capitaine LEMAI Commandant le Quartier MOYRET – ROCHETTE

Vu et transmis.- Le premier compte-rendu adressé par le Commandant du Quartier MOYRET – ROCHETTE, le 12 vers 21 heures mentionnait simplement le bombardement du Quartier de 18h 50 à 20h 10 et ajoutait que les Allemands paraissaient n’avoir tenté aucun coup de main, car il n’avait été entendu ni fusillade ni éclatements de grenades.

Le 2e compte-rendu arrivé au P.C. WAGRAM vers 24 heures, faisait connaître que l’ennemi avait prononcé une attaque sur le front du Quartier (P.A. H.W.K.), signalait que le Lieutenant TRANCHANT, un aspirant et plusieurs hommes étaient tués ou blessés et annonçait la disparition d’un caporal et de 8 hommes au G.C. TISSOT.

Le 3e compte-rendu arrivé le 13 vers 2 heures du matin mentionnait de gros dégâts matériels, on travaillait au déblaiement des abris et boyaux aux G.C. GIRARD, TISSOT et au P.C. COURTINE.

Le 4e compte-rendu (message chiffré) donnait comme pertes : 11 tués, 2 blessés et 11 disparus.

D’après le compte-rendu de l’adjudant MARTELOT et du Capitaine LEMAY, arrivés vers 9h 30 et vers 10 heures :

Les boches ont procédé à partir de 18h 50 à un violent bombardement de la 1ère ligne et de la position intermédiaire, notamment sur les G.C. TISSOT, GIRARD ? le P.C. COURTINE et les boyaux conduisant en 1ère ligne : concentration de tirs de minenwerfer et d’artillerie. Vers 19h 45 le tir boche s’est en partie allongé et les boches ont exécuté un tir d’encagement autour du G.C. TISSOT qu’ils ont attaqué. (force de l’attaque : 70 à 80 hommes). Les autres G.C. n’ont pas été attaqués et ont participé à la défense par leurs tirs. Les mitrailleuses du MOLKENRAIN sont également entrées en action.

Le coup de main boche, préparé et appuyé puissamment a donc été exécuté en force sur le G.C. TISSOT . Il est à présumer que la garnison du G.C. obligée de s’abriter pendant la préparation adverse a été plus ou moins surprise par l’attaque et a été, tout au moins en partie enlevée (1 caporal et 8 hommes). Les pertes en tués et blessés sont réparties surtout entre le G.C. GIRARD et le P.C. COURTINE.

Un compte-rendu complémentaire suivra dès que possible. Il convient d’ajouter dès maintenant que les liaisons téléphoniques ont été entièrement coupées entre l’H.W.K. et MEUDON dès le début du bombardement.
Le Lieutenant TRANCHANT Commandant la Cie d’occupation (1ère Cie) a été tué dès le début, d’après les renseignements parvenus.

Le 13 septembre 1918
Le Lieutenant Colonel BIDOZ Commandant le S/Secteur B.


Source SHD Cote 24 N 18
Merci à LS pour la transcription

mercredi 26 janvier 2011

COUP DE MAIN ALLEMAND


SEGMENT SUD
----------------
S/Secteur B.

COMPTE – RENDU SUPPLÉMENTAIRE
Sur l’affaire du 12 septembre 1918

I) - La préparation du coup de main boche s’est étendue sur tout le front du Quartier MOYRET – ROCHETTE et sur le P. A. versant Sud (Quartier des DAMES), c’est à dire sur un front de plus de 150 mètres. En profondeur, elle a embrasé la position de surveillance et la position intermédiaire ; la préparation par obus de 150 s’est même prolongée jusqu’au CAMP de PIERRE.les dégâts matériels sont considérables, en particulier : G. C. GIRARD et P. C. COURTINE, écrasés, gros dégâts dans le G. C. PAU et sur SILBERLOCH – Boyau CAMP DE PIERRE - COURTINE. Comblé sur moitié de son parcours, défenses accessoires en grande partie détruites.

II) - Les communications téléphoniques ont été immédiatement coupées entre les Cies de 1ère ligne du Quartier MOYRET – ROCHETTE et le P. C. MEUDON ; Les communications par coureurs, en raison du bombardement puis des difficultés de parcours de nuit, ont été très lentes.
Les patrouilles de liaison envoyées par le Commandant du Quartier MOYRET – ROCHETTE vers sa première ligne n’ont renseigné que très tard dans la nuit. D’ailleurs le téléphoniste de service au poste COURTINE, le colombophile de ce poste, le matériel (poste téléphonique et optique), les pigeons, ont été ensevelis. Le Lieutenant TRANCHANT, Commandant la Cie d’occupation du P. A. de l’H. W. K. et sa liaison ont été tués au début du bombardement. Tous ces faits expliquent le retard apporté dans l’envoi et la transmission des premiers renseignements. Le Cdt du Quartier a ignoré jusqu’à 24 heures ce qui s’était passé.
III) - Les autres modes de liaison ont fonctionné. A 19 heures, les 1ères lignes et les P. C. des Quartiers MOYRET – ROCHETTE et des DAMES avaient lancé leurs demandes de tirs de représailles, de C. P., ou de barrage par fusées ou T.P.S. ; les signaux par fusées ont été répétés par l’observatoire C.35 et par P.O. 50.
Il convient d’ajouter que les premiers tirs de l’A. C. n’ont été déclenchés qu’après une certaine hésitation ; vers 19 heures, un officier du P. C. venait me demander ce qu’il devait faire, ses observateurs lui signalant des fusées vertes lancées des premières lignes.
L’artillerie de tranchée est intervenue à la demande du Commandant du Quartier MOYRET – ROCHETTE, d’après le mode d’emploi prévu.

IV) - Les moyens mis en œuvre par l’ennemi pour préparer et appuyer son coup de main ont été considérables et bien supérieurs à nos moyens de protection et de défense. Il est hors de doute que si les boches sont à même de renouveler une opération semblable dans des conditions identiques, ils auront de grosses chances de réussir encore.
Les fractions d’occupation de la position de surveillance et de la position intermédiaire, particulièrement au P. A. H. W. K. se trouvent dans une situation très précaire et périlleuse ; le boche domine nos G. C., enfile le boyau qui y conduit, à loisir, il a pu régler sur eux le tir de ses minenwerfer et de son artillerie. Il peut, par des concentrations soudaines de tirs de ses minenwerfer, détruire comme il l’a fait hier, nos organisations et nous causer des pertes sérieuses ; l’étendue de la zone d’action et l’intensité de son tir rendrait illusoire et coûteuse l’évacuation momentanée de tel ou tel G. C. soumis au bombardement.

V) - L’affaire du 12 septembre soir :

a) Les communications téléphoniques, commodes dans la vie calme de secteur en pays montagneux, disparaissent dès le début d’une préparation adverse (surtout en terrain boisé) à moins qu’elles ne soient profondément enterrées.
Par contre, on peut plus sûrement compter sur la signalisation optique (à moins d’une brume intense), si les signaux sont bien répétés de poste à poste, et sur la T. P. S.

b) Les défenses accessoires, même multipliées, sont bien vite détruites par le minen ; la meilleure protection de nos G. C. avancés consiste dans une vigilance continue manifestée surtout par l’activité des patrouilles et reconnaissances qui auront quelques chances d’éventer les préparations ou mouvements adverses.
Dans la constitution et l’emploi d’une artillerie (A.L. – A.C. – et A.T.) suffisante, bien approvisionnée, prête à donner satisfaction immédiate à toutes les demandes d’intervention que lui adresse l’infanterie, capable enfin de réactions soudaines et puissantes (surtout C.P. et barrages).

c) Dans la création pour ces G.C. d’abris à l’épreuve (à condition que la sortie en soit rapide). Les abris des G.C. atteints le 12 par les minenwerfer et les obus boches ont été écrasés, un travail considérable s’impose pour cette création, alors que la main d’œuvre est exceptionnellement limitée, et que l’on ne peut y travailler que de nuit.

d) Dans la mobilité des G.C. toutefois, cette mobilité et le déplacement des G.C. n’offrent aucun avantage si la préparation adverse est faite simultanément sur plusieurs G.C. (ainsi que le fait s’est produit le 12).

VI) – Enfin, l’ennemi dispose sur l’H.W.K. d’une A.T. nombreuse puissante, bien protégée, bien approvisionnée et placée topographiquement, dans les conditions les plus avantageuses pour agir en toute sécurité sur nos 1ères lignes.
La destruction de ce matériel et de ses abris sur les pentes Est du H.W.K. devient une nécessité impérieuse.

VII) – Etant donné la valeur de l’artillerie (en particulier de l’A.T.) qui nous est opposée, il est nécessaire de préparer nos coups de main avec soin et de faire participer notre artillerie à cette préparation dans une très large mesure, c’est à cette condition seulement que ces opérations réussiront.

Le 13 septembre 1918. Le
Lieutenant colonel BIDOZ Commandant le S/Secteur B.


Source SHD Cote 24 N 18
Merci à LS pour la transcription

samedi 22 janvier 2011

COUP DE MAIN ALLEMAND


1ère D.I
---------
Etat-Major
-----------
3e Bureau
----------
N° 1084/3
P. C., le 14 septembre 1918

COMPTE – RENDU
DU COUP DE MAIN ALLEMAND
du 12 SEPTEMBRE Sur l’ H .W. K.

I) Vers 18h 45, l’ennemi a déclenché un bombardement violent :
1) Par minen sur les G. C. de 1ère ligne du quartier MOYRET – ROCHETTE (occupé par la 1ère Cie du 1er R.I.) et sur la position COURTINE – PAU ; (Lieutenant TRANCHANT).
2) Par obus sur les mêmes points, sur le SILBERLOCH, sur les voies d’accès de l’H. W. K.

Dès le début du bombardement, le P. C. COURTINE a été entièrement démoli par un minen : le Lieutenant TRANCHANT, Commandant le P. A. H. W. K. a été tué avec tout son personnel de liaison : par suite toutes relations avec le P. C. du Q. MOYRET – ROCHETTE (P. C. MEUDON) ont été rompues.

Vers 19h 45 l’ennemi a allongé son tir et attaqué la G. C. TISSOT (troupe ennemie de 80 hommes environ).
Les autres G. C. non attaquées, ont ouvert le feu sur les assaillants : les mitrailleuses du MOLKENRAIN sont également entrées en action.
L’attaque ennemie réussit à enlever le G. C. TISSOT, où 1 caporal et 8 hommes ont disparu..
Le bombardement a causé de très grands dégâts matériels : plusieurs abris et boyaux ont été complètement démolis. Le déblaiement commencé de suite après l’occupation a permis successivement de retrouver 11 tués – 3 hommes disparus (qui ne se trouvaient pas au G. C. TISSOT) doivent être encore ensevelis.

II) Dès le début de l’action, la Cie de réserve du Q. MOYRET – ROCHETTE (Cie du Camp PIERRE) avait été alertée et s’était reliée à la Cie du P. A. de l’H. W. K. par patrouilles.

III) Le plan d’emploi prévu pour l’artillerie a été exécuté normalement. Aux signaux convenus faits par la première ligne et par le P. C. du Chef de Bataillon., ont été déclenchés la C. P. normale, puis le barrage à 18h 50.

La C. P. O. normale fut exécutée par l’A. L. devant le secteur MOYRET – ROCHETTE (172 coups de 155 de 18h 50 à 19h 15).
A 19h 5, le Q. SICURANI demandait la C. P. O. par fusées : la C. P. O. éventuelle fut exécutée de 19h 5 à 19h 30 (249 coups de 155, 48 coups de 95).
A 19h 45, à la demande du Commandant du S/Secteur B. l’artillerie de campagne déclenchait une C. P. O. sur le secteur de l’H. W. K. (de 19h 45 à 20h, 450 coups d’A. C.)

IV) Les pertes totales se montent à : 11 tués (1 officier, 1 aspirant et 9 hommes) 2 blessés, 12 disparus (dont 1 caporal et 8 hommes vraisemblablement disparus du G. C. TISSOT).

En résumé, l’attaque ennemie qui nous a causé des pertes sensibles, a été très violente, préparée et appuyée par un bombardement extrêmement vif.

L’artillerie a prêté son concours à la défense dans la plus large mesure. Tous les G. C. ont été réoccupés après l’attaque ennemie.

L’adversaire a mis en œuvre une artillerie considérable, agissant sur une surface notable – toute la pente Ouest de l’H. W. K., le col qui réunit le H. W. K. au MOLKENRAIN, et les premières pentes de ce dernier vers l’Est (Camp de PIERRE), prolongeant son tir pendant plus d’une heure ; le tout en vue de l’enlèvement d’un seul poste, le G. C. TISSOT. Il voulait obtenir un succès assuré et y a mis le prix.

Du côté de la défense, le principal moyen d’action prévu par les consignes de Secteur : l’évacuation des G. C. BOUSSAT, TISSOT, etc, pris sous le bombardement, n’a pu être mis en œuvre, il n’a pas été possible de faire le vide devant le stosstrupp dont l’action était imminente ; le tir de l’artillerie ennemie battait trop violemment le terrain environnant, s’étendant jusqu’aux unités de réserve de la Cie. Les garnisons des G. C. sont restées sur place.

Aussitôt après la levée de l’engagement ennemi, la Cie de réserve du C. R., déjà alertée et reliée par patrouilles, a lancé sur le terrain des reconnaissances utiles, et a assuré le rétablissement de notre ligne de surveillance.
L’artillerie a prêté son concours dans toute la mesure prévue ; malgré la disparition de toutes les liaisons du P. C. de Cie, les signaux émis par la première ligne et par les observatoires ont suffi à déclencher les tirs dès 18h 45.
Les consommations de munitions assez importantes auront au moins eu le résultat d’opérer dans les lignes adverses des destructions sérieuses, en face de notre P. A. bombardé et dans les P. A. immédiatement voisins.
Ce coup de main, d’après les dossiers du Secteur n’est pas le premier qui ait été exécuté dans la région de l’H. W. K. Les emplacements occupés par notre ligne de surveillance, situés sur une pente bien vue par l’ennemi, de divers points, et à laquelle nous ne pouvons pas facilement accéder en plein jour, dans un terrain chaotique et parsemé de fragments de tranchées à demi comblées, d’abris vides, sont, en effet faciles à attaquer, soit par surprise, soit avec action de minen.
Si le coup de main peut être prévu, avant qu’un bombardement interdise les déplacements, les garnisons se déroberont, mais l’initiative de ce mouvement, d’après les ordres antérieurement reçus du Général Commandant l’armée, revient au Commandant du S/Secteur. L’incident actuel montre, avec la lenteur des liaisons, qu’il faut, pour exécuter cette prescription, prévoir un temps considérable. Il semble nécessaire de prévoir que l’ordre d’évacuation puisse être donné par le Chef de Bataillon et même par le Commandant de la Cie, qui rendront compte afin de gagner du temps.

Mais, dans tous les cas, où l’attaque n’aura pas été prévue, l’écrasement et l’enlèvement de la garnison d’un poste est toujours à craindre au H. W. K. quand l’Allemand aura besoin de se procurer un petit succès local, acheté à grand frais d’artillerie.

Nos postes, dans une situation un peu délicate, conservent le terrain où nos prédécesseurs ont glorieusement combattu ; tous dans la D. I., s’en rendent compte et acceptent de plein cœur la charge de garder ce lambeau du champ de bataille.

Le Général DAUVE
Commandant provisoirement la 1ère D. I.



Source SHD Cote 24 N 18
Merci à LS pour la transcription

lundi 17 janvier 2011

Vestiges et Souvenirs de Guerre


C'est un devoir pour les anciens combattants de veiller attentivement à la sauvegarde des vestiges et souvenirs de guerre. Plus le temps passe, plus on s'éloigne des jours terribles, et plus ceux qui, pour des raisons diverses, tiennent à ce qu'on oublie ces jours, s'efforcent à. en dissimuler les traces.

Le Parlement et le Gouvernement ont compris l'impérieuse nécessité où ils étaient de faire l'effort né­cessaire afin de sauver les souvenirs encore existants de la grande guerre. Un certain nombre d'incidents pénibles avaient prouvé il y a deux ans environ qu'il était grand temps d'aviser. De véritables bandes de pil­lards exploitaient systématiquement les champs de bataille. Par suite du défaut de surveillance, elles ramas­saient les matériaux abandonnés, câ­bles télégraphiques ou téléphoniques, douilles à obus, tôles ondulées, char­pentes, vieux affûts de canons, fils de fer barbelés. Elles en chargeaient des camions automobiles, ramenaient à Paris leur butin et le vendaient à des fondeurs ou à des brocanteurs.

Si les uns volaient, les autres pro­fanaient.

On n'a pas oublié l'odieux spec­tacle donné par ces individus qui osèrent sabler le champagne et dan­ser au sommet de l'Hartmannswillerkopf.

C'est en 1917 que fut institué, pour la première fois auprès de l’administration des Beaux-arts, une « Com­mission des vestiges et souvenirs de guerre », composée de représentants des ministères de la Guerre, des Beaux-Arts, des Travaux publics et des Régions libérées pour examiner les conditions de classement et de conservation des vestiges de guerre.

Cette commission fit procéder en juin 1917, par deux délégués, à une première reconnaissance des organi­sations situées dans les régions de l'Oise et de la Somme qui venaient d'être évacuées. Les rapports présen­tés par les délégués à la suite de leurs reconnaissances furent exami­nés par la Commission qui estima que beaucoup de vestiges ne pouvaient, malgré leur intérêt au point de vue éducatif et historique, être conservés.

« Ce serait en effet, concluait-elle, empêcher la reconstruction des villages et des grandes fermes sur leur emplacement primitif, ce serait pri­ver l'agriculture de vastes terrains fertiles. En outre, l'acquisition de ces villages ou terrains coûterait très cher et l'entretien en état des organisations existantes grèverait lourdement le budget annuel des mo­numents historiques, la plupart de ces organisations étant constituées par des matériaux périssables. »

La commission décida en consé­quence de ne proposer que le classe­ment d'un petit nombre d'organisations d'ensemble particulièrement typiques, et, pour les autres, d'en perpétuer le souvenir par une simple documentation graphique et photo­graphique aussi complète que possi­ble. L'administration des Beaux­-Arts commença aussitôt à réunir cette documentation.

Après la victoire et l'armistice, on fit un effort sérieux pour achever le classement des souvenirs de guerre et assurer les mesures de protection provisoire. Des circulaires précises furent envoyées aux préfets par l'ad­ministration et à la fin de 1921, un projet de loi dont je fus le rappor­teur fut voté par la Chambre.

En principe, ce texte applique aux vestiges de guerre les prescriptions de la loi du 31 décembre 1913 sur les monuments historiques sous réserve de certaines dispositions complémen­taires « en raison de la nature spé­ciale des souvenirs à conserver. »

La loi de 1913 par exemple n'ad­mettait pas le classement tempo­raire. Au contraire, l'article 5 du projet de loi voté par la chambre permet le classement pour une durée limitée, sous réserve d'une indemnité allouée au propriétaire, de certains vestiges de lieux de combat, tels qu'entonnoirs de mines, sapes, tran­chées, etc., qui se dégradent rapi­dement depuis qu'ils ne sont plus entretenus. Mieux, on a décidé de classer non seulement les vestiges, mais encore les chemins permettant d'y accéder.

J'ai établi une liste aussi complète que possible des vestiges de guerre à classer et l'ai annexée à mon rap­port. Je ne veux signaler ici que les points les plus typiques : la butte de Warlemont, le Labyrinthe (Neuville-Saint-Vaast) dans le Pas-de-Ca­lais, le ravin de Maurepas, le château et le parc de Tilloloy, le château de Thiepval, dans la Somme ; le Plémon et le Plessier de Roye, dans l'Oise ; la cote 108, près de Berry-au-Bac, la cote 204, près de Château-Thierry, le plateau de Laffaux, Coucy-le-Château, dans l'Aisne ; la région des Monts de Champagne, dans la Marne ; la tranchée de Calonne, la butte de Vauquois, la crête des Eparges, le plateau Sainte-Anne, près de Clermont en Argonne, les forts de Ver­dun, Cumières et la côte de l'Oie, le Mort-Homme, le bois d'Ailly, Apremont (village et forêt), Montfaucon, dans la Meuse ; le Bois-le-Prêtre (Quart en réserve, la Fontaine et la maison du Père Hilarion), le Xon et le plateau de Vittonville, le bois de Mort-Mare, le bivouac des Fonds de Vaux, près de Limey, dans la Meurthe-et-Moselle ; la Montagne et la Roche d'Ormont, l'ouvrage duMont-Pelé (forêt de Senones), dans les Vosges ; l'Hartmannswillerkopf, en Alsace.

Ces vestiges, grâce à la loi nou­velle, seront sauvegardés.. Mais que les combattants n'oublient jamais que leur devoir strict est de défendre de toutes leurs forces contre toute atteinte ces lieux sacrés où tombè­rent leurs frères d'armes.

André FRIBOURG.


Source : l’Almanach du combattant 1924
Merci à Jean-Claude Poncet

samedi 15 janvier 2011

Le 320e RI au Sudel

L'ALSACE - LE SUDEL

Le 27 juillet, le 320e relève dans le secteur centre de la 52e D. I. les 27e et 28e bataillons de chasseurs. Le 5e batail­lon occupe le Sudelkopf, le 6e bataillon le sous-secteur de Judenhut. Les compagnies du 4e bataillon sont réparties entre les deux sous-secteurs.
Quoique non habitués aux montagnes, les militaires du 320e s'accommodent du terrain et aux nouvelles conditions dans lesquelles ils vont prendre contact avec l'ennemi. Le terrain rocheux ne permet pas l'établissement de tranchées profondes et de boyaux donnant une sécurité relative aux liaisons. Dans cette région, la tranchée est creusée jus­qu'au rocher, environ de 30 à 50 centimètres; la hauteur de 2 mètres est atteinte par l'adjonction de gabions. Les conditions topographiques rendent le- ravitaillement diffi­cultueux, malgré le travail fait par le service routier de la VIIe Armée.
C'est dans ces conditions que le 320e prend la position délicate du Sudelkopf. Point délicat où le Boche écrase nos tranchées sous ses torpilles. Les bombardiers d'artillerie de tranchées, doublés par ceux du 320e, rendent coup pour coup à l'ennemi. Dès le mois d'octobre, la neige fait son apparition dans les Vosges. La température baisse brusquement et vers la mi-novembre on enregistre – 32° au Ballon de Guebwiller (col de Haag, où est le P. C. du colonel), -30° au Sudel. Dans ces conditions, les hommes en ligne sont plus diffici­lement ravitaillés qu'en temps ordinaire. Pour faire la cui­sine au camp Guérin, il faut faire fondre la neige. Le vin ne peut être distribué, étant gelé dans les tonneaux.
De jour, impossible de se réchauffer, car le Boche guette la fumée des abris. Les souffrances physiques endurées cessent le 10 décembre par l'envoi de la 52e D. I. au repos.
Celui-ci est donné au camp de Valdahon (entre Besançon et Morteau). Le régiment quitte l'Alsace en traversant le col du Roseberg, où une tempête de neige rend la marche pénible : les voitures mettent dix-huit heures à parcourir une étape qui demande quatre heures en temps normal. Embarqué en chemin de fer dans les environs de Belfort, le régiment descend près de Villersexel et se rend par étapes à Valdahon, en passant par Beaume-les-Dames.
Le repos se termine le 22 janvier. Le régiment embarque à Avoudrey, auprès de Valdahon, et débarque dans les environs de Belfort. Par Leval, Massevaux, le col du Roseberg, il regagne ses anciens emplacements, où il relève, dans la nuit du 25 au 26 janvier, le 33e bataillon de chas­seurs alpins.
La température est aussi rigoureuse et les privations du mois précédent se renouvellent. Dans la nuit du 15 au 16 avril 1917, prennent part à des coups de main au nord-est de Thann deux compagnies du 6e bataillon (21e et 22e), le groupe franc du 6e bataillon et celui du régiment. La 21e compagnie et les groupes francs sont seuls engagés.
Pertes : 1 soldat tué, 1 soldat disparu; 1 sous-officier et 1 soldat blessés.
Le 19 avril, la zone de commandement de la 52e D. I. est réorganisée en deux secteurs : secteur nord et secteur sud. Le 320e remplace le 348e dans le secteur nord, devant Metzeral et à l'Hilsenfirst (au nord du Ballon de Guebwil­ler).
De l'arrivée du régiment jusqu'aux premiers jours de mai, les hommes vivent dans dix mètres de neige. La fonte des neiges permet aux Allemands de monter une attaque sur tout le front. tenu par le 320e.
Durant les journées des 7, 8 et 9 mai, les Allemands, avec un nombre considérable d'engins de tranchées, exé­cutent des tirs systématiques de destruction sur nos lignes de surveillance, de résistance et leurs défenses accessoires ; nos bombardiers répondent et réussissent à museler quel­ques minenwerfers boches. Le 10, à 1 heure du matin, l'ennemi attaque. A l'Hilsenfirst, la vigilance de nos guetteurs, qui préviennent à temps, permet de commencer un barrage à la grenade et au V.-B. L'artillerie de campagne déclenche simultanément un tir de barrage de grande pré­cision. Le Boche, maltraité, reflue en désordre sur sa tran­chée de départ, mais réussit toutefois à emmener ses morts et ses blessés.
Sur Metzeral, l'attaque allemande a surpris les travail­leurs de la 15e compagnie occupés à réparer nos défenses accessoires.
Le lieutenant Grillot est pris par l'ennemi, mais sortant un pistolet automatique de sa poche, il brûle la cervelle aux deux Boches qui l'escortent.
La situation se rétablit vite à notre avantage et le Boche est obligé, là aussi, de battre en retraite en laissant dans nos fils de fer des cadavres.
Les 5 et 6 juin, le régiment relève le 348e R. I. dans le secteur sud. Le colonel commandant le 320e occupe le P. C. du secteur sud de la 52e D. I. à Viller.
Les 26, 27 et 28 juin, les bataillons du 320e sont relevés par les bataillons du 106e R. I.
Le 2 juillet, le régiment est enlevé en camions-autos pour une période de repos.
Du 18 au 20 juillet, ces bataillons entrent à nouveau en secteur : le 4e dans la zone de Hisel, le 5e dans la zone de Largitzen, le 6e dans la zone des Etangs.
Le 19 août, le 320e R. I. est définitivement relevé du secteur d'Alsace. Sa zone de stationnement, au nord de Belfort (route de Belfort à Remiremont) comprend les cantonnements suivants : Chaux, état-major et compagnie hors rang ; Rougegoutte, 4e bataillon ; La Capelle-sous-Chaux, 5e bataillon; Serianmagny, 6e bataillon.
Le 1er septembre, le régiment s'embarque à Bas-d'Evette dans quatre trains, à partir de 6 heures. Il débarque le 2 au sud-est de Bar-le-Duc, à Nançois-le-Petit et à Longue­ville. Les éléments occupent les villages de Guerpont et de Silmont.
Le 320e est donc de nouveau à proximité de ce glorieux Verdun, dont le nom évoque des prodiges d'héroïsme et que plus d'un an auparavant il défendait avec la dernière énergie.


Source : Historique du 320e R.I. - LIBRAIRIE CHAPELOT - NANCY


dimanche 9 janvier 2011

Dictionnaire du communiqué

GRENADES
ET ENGINS
DE TRANCHÉE Quant à la forme habituelle et générale qu'affecte la guerre de tranchée à tranchée, c'est le « com­bat à coups de grenades » et le « combat d'en­gins de tranchée », deux termes qui revien­nent constamment aussi dans le communiqué.
On sait que le tir à la grenade est le seul tir indirect possible pour l'infanterie, la distance maxima à laquelle un homme exercé peut lancer la grenade à main étant de 35 mètres.
En Artois, à heures fixes, les Allemands bombardent notre première ligne. On a pris, dans certains secteurs, l'habitude heureuse de compter les engins ainsi reçus et de riposter immédiatement en envoyant le double. La grenade Martin-Halle, lancée avec un fusil, d'autres, lancées avec des arbalètes dites « sauterelles » ou par tout autre moyen, peuvent avoir des portées variant de 30 à 8o mètres.


Où le combat à coups de grenades prend une réelle importance et dure souvent plu­sieurs jours consécutifs, c'est chaque fois qu'une attaque heureuse a bouleversé les lignes. Français et Allemands construisent alors à la hâte des barricades ou barrages de sacs en terre dans les tranchées conquises, et c'est toujours la grenade qui sert à atta­quer ou à défendre l'obstacle artificiel.
J'ai souvent vu confondre les combats à coups de grenades avec les combats d'engins de tranchée. « Grande activité des engins de tranchée de l'ennemi dans le secteur de Beuvraignes » (8 novembre 1915), lit-on len­tement en clignant les yeux devant le tableau où l'on affiche les nouvelles officielles, et l'on ajoute : « Ils se sont encore cognés avec des grenades ! »
Or, en dehors des grenades à main, à bracelets, des pétards montés sur raquette et autres projectiles du même genre, la guerre de tranchée a remis en vigueur les vieux mortiers d'autrefois, lançant des bombes à des distances variant de 50 à 300 mètres.

Mortier de 58 dit "crapouillot"

Certains de ces lance-bombes, qu'on eût crus relégués à jamais dans les poussiéreuses case­mates de nos arsenaux, ont été expédiés dans les tranchées, où un surnom les rajeunit à jamais, celui de « crapouillauds ».
Les « crapouillauds » lancent des bombes de tous les calibres pour répondre aux minenwerfer allemands de 170 m/m et de 100 m/m.

MinenWerfer de 170 m/m

L'obus à ailettes ou torpille aérienne reste, malgré tous les efforts de nos ennemis, le roi de ces engins spéciaux.

GranatWerfer

Je laisse à un de mes camarades du front le soin d'en décrire le rôle remarquable
« La torpille aérienne produit un effet terri­fiant sur les défenseurs de tranchées ; elle a en outre une puissance destructive énorme. Cette puissance n'est pas toujours suffisante pour défoncer les abris-cavernes, mais elle bouleverse de fond en comble les tranchées de tir, provoque des éboulements, bouche les ouvertures des abris dont elle mure ainsi et enterre vivants les occupants. Par son explo­sion formidable, par les effets extraordinaires de son souffle et par les secousses qu'elle imprime au sol, elle anéantit toute énergie chez le défenseur, qui attend sa dernière minute à chaque instant. »
«Dans le secteur d'attaque de ma com­pagnie, le 9 mai, une partie des tranchées devant les 3e et 4e sections fut remarquable­ment battue par le feu du 75 et surtout par les torpilles aériennes, tandis que le reste des tranchées devant les 1ère et 2e sections subis­sait uniquement la préparation du 75. La différence fut remarquable. Tandis que les 1ère et 2e sections à peine sorties de la parallèle voyaient surgir les « bonnets plats » et fon­daient sous la fusillade brusquement allumée et surtout sous le feu d'une mitrailleuse, la 4e section abordait la tranchée allemande, la franchissait sans arrêt et continuait son chemin. Quant à la 3e section, elle avait été accueillie à peine par quelques coups de feu et avait franchi la première tranchée d'un bond, lorsqu'elle reçut des coups de fusil dans le dos. Revenant en arrière, les hommes trouvèrent des douzaines d'Allemands tapis dans de profonds abris, absolument anéantis, levant les bras et demandant grâce.... »
Le lecteur jugera combien nous sommes loin des effets de la grenade à main.

Source Article anonyme ‘Lectures pour tous’ du 1er mai 1916
Photos 'Guerre Documentée' et collection personnelle

vendredi 7 janvier 2011

Dictionnaire du communiqué


PATROUILLE. Et voici un des termes le plus souvent compris à contre-sens : c'est celui de « patrouilles » ! Combien de sottises ont été dites au sujet de celles-ci, et que d'exploits imaginaires !
A Soissons, après le malheureux combat de Crouy, en janvier 1915, les Allemands sont venus patrouiller sur notre nouveau front de repli. C'était la nuit, nuit absolue, sans lune. Rampant de fossé en fossé, d'arbre en arbre, ils parvinrent au pied des murs du château de Saint-Pol derrière lesquels nos hommes guettaient. Là ils s'amusèrent à s'emparer de quelques képis et à essayer d'arracher les lebels des créneaux. Nos mitrailleuses ouvrirent le feu et nous débarrassèrent de leur présence. Mais il faut bien le dire : leur mission était accomplie, car ils savaient maintenant à quel régiment ils avaient affaire et quelles étaient nos positions.


Pourquoi ont-ils réussi? Parce que, tout d'abord, entre les positions françaises et alle­mandes il y avait une distance de 700 à 800 mètres ; parce qu'ensuite la nuit (pluie fine et grand vent) était éminemment favorable pour ce genre de petites opé­tions. Ce sont là deux conditions sine qua non pour réussir une « patrouille ». . Aussi, sur les trois quarts du front actuel où 5o mètres à peine, souvent moins, séparen­t les deux tranchées, toute patrouille, même nuit, est absolument impossible, et c'est là une chose que l'on ne sait pas assez généralement.
Qu'on ne vienne donc plus soutenir que des patrouilles d'amateurs hé­roïques peuvent impunément circuler entre les lignes. Pareille chose n'est humainement pos­sible que lorsque la distance qui sépare celles­ci est supérieure à 150 mètres environ et quand la nuit est particulièrement obscure.


Source Article anonyme ‘Lectures pour tous’ du 1er mai 1916
Photo 'Guerre Documentée'

mercredi 5 janvier 2011

Dictionnaire du communiqué


DE TRANCHÉE A TRANCHÉE.

ÉLEMENT
DE TRANCHÉE Donnons maintenant quelques définitions qui s'appliquent à la guerre de tranchée à. tranchée Tout le monde connaît aujourd'hui « la tranchée » sait que nos posi­tions comprennent les « tranchées de tir », dites encore « de première ligne » ou « de combat », puis les tranchées « de deuxième et troisième ligne », enfin les « abris » ou « chambres de repos », ainsi que les « boyaux » de communi­cation, etc. En revanche, on m'a déjà demandé souvent ce que signifiait le terme « élément de tranchée», qui revient souvent dans le communiqué : « Au nord-est de Neuville-Saint-Waast la lutte s'est poursuivie avec une grande opiniâtreté pour la possession d'éléments de tranchée où l'ennemi s'était introduit hier... » (31 octobre 1915). -- « Dans le secteur de Massiges, les assaillants n'ont pu pénétrer que dans quelques éléments de tranchées avancées à la cote 199... » (3 novembre 1915), etc.


Généralement on donne à ces trois mots un sens inexact, celui de « fraction » de tran­chée, comme si, par exemple, étant donnée une ligne AB de tranchée de première ligne ininterrompue, l'ennemi avait réussi à con­quérir une « partie » CD de cette ligne.


Généralement on donne à ces trois mots un sens inexact, celui de « fraction » de tran­chée, comme si, par exemple, étant donnée une ligne AB de tranchée de première ligne ininterrompue, l'ennemi avait réussi à con­quérir une « partie » CD de cette ligne. Erreur absolue. On appelle « élément de tranchée » une petite tranchée de première ligne autonome, sans doute reliée au système des tranchées du secteur par un ou plusieurs boyaux de com­munication, mais cependant isolée, c'est-à­-dire ne communiquant pas latéralement avec les tranchées de première ligne avoisinantes. La conquête ou la perte d'un « élément de tranchée » n'a d'ailleurs pas une très grande importance.


Source Article anonyme ‘Lectures pour tous’ du 1er mai 1916
Photos 'Guerre Documentée'