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NOUVELLE MISE A JOUR LE 15 avril 2014
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vendredi 25 avril 2014

EN ARTOIS



 LE 9 MAI — LA COTE 140 (1)

Le 25 avril 19I5, la Division est enlevée de Champagne par chemin de fer pour une destination inconnue : les Dardanelles, l'Yser, l'Alsace

Que ne disait-on ? On pressentait quelque chose de grave, mais on était heureux; on quittait les tranchées, pour toujours pensait-on, et dans tous les trains ce n'étaient que rires et chants..

Les trains débarquèrent la Division près de Saint-Pol en Artois, qui était la première destination ; la deuxième, c'était la cote 140 à atteindre le 9 mai.

La Division Marocaine était rattachée au 33e corps que commandait le général Pétain. Jamais préparation d'attaque ne fut entreprise avec si joyeuse ardeur. Il fallait creuser des boyaux, des bataillons entiers y travaillaient ; on créait à la hâte des sapes de départ, des abris de commandement, des postes de secours; en huit jours on mettait sur pied des équipes de pionniers, des signaleurs ; on organisait les liaisons, les approvisionnements, les évacuations. Que ne fait-on avec du cœur et de la confiance ? Or, ni l'un ni l'autre ne manquaient : « Mes hommes partiront sans sacs, pour mieux courir », disait le colonel Pein ; « si leurs vêtements les gênaient, ils iraient tout nus, mais ils sauteront sur la cote 140 ».


Le 9 mai, 6 heures. Le canon commence à faire entendre sa voix ; elle croît, elle s'enfle, c'est un déchaînement qui durera jusqu'à 10 heures, interrompu seulement quelques minutes avant l'assaut comme pour reprendre haleine.

10 heures. Des tranchées, la ligne bondit littéralement, elle surgit au son de la charge ; à droite, successivement les bataillons Noiré, Muller, Gaubert, du régiment Cot, à gauche les bataillons Jacquot, Toulet et Des Garniers, du régiment Demetz.

C'est la ruée ! La lutte d'homme à homme, car le canon n'a pas fait ce qu'il fait de nos jours; l'ennemi n'est pas détruit, les balles sifflent de tous côtés ;: les mitrailleuses crépitent de rage.

Déjà, à la Légion, les commandants Noiré, Muller et Gaubert sont tués et les capitaines Lehagre, Boutin, Jourdeuil, Osmont et tant d'autres, au 7e tirailleurs, le commandant Jacquot, les capitaines Rigault, Guérin, Gresle. Le lieutenant-colonel Cot, commandant la Légion, est blessé.

Mais qu'importe ! nos hommes ont un bût : la cote 140, ils iront. Vieux légionnaires qui trouvent le champ libre à leur traditionnelle ardeur, volontaires tchèques, suisses, belges, grecs, polonais qui ont arboré le drapeau national, et qui réalisent enfin le rêve qui les a guidés jusqu'à nous ; tirailleurs, pareils à une meute découplée, tous se donnent avec le même entrain ; ils franchissent les fils de fer, encore intacts en certains endroits, courent aux deuxièmes lignes, laissant des grappes devant les mitrailleuses qui résistent. La vague passe ; derrière elle, les nettoyeurs de tranchées jouent du couteau, du revolver, de la grenade.

C'est le carnage au milieu duquel, tout à son ministère on voit l'un des aumôniers, l'abbé Gas, courir, bénissant les vivants et absolvant les mourants, sans remarquer les nettoyeurs qui le suivent, comme s'ils attendaient que l'absolution ait couvert les Allemands qu'ils vont occire.

Il semble qu'alors, comme dans une des farandoles d'Arles, où les danseurs entraînent dans leur mouvement toute une suite emballée, la ruée de l'avant attire jusqu'aux éléments les plus éloignés de là Division.

Les commandants de division et de brigade se sont portés en avant, les bataillons de réserve hâtent leur mouvement, les reconnaissances d'artillerie s'élancent bientôt, suivies des batteries du groupe Terrial d'abord, du groupe Chanson ensuite; étonnées et joyeuses de retrouver le grand air après plusieurs mois de stagnation; les T. C., les échelons se mettent en branle. On sent que la Victoire nous tend les bras.

En vain l'ennemi résiste, en vain les feux croisés des mitrailleuses de Neuville-Saint-Waast, de la Folie, de Souchez creusent dans nos rangs de sanglants sillons, les réserves les bouchent, et irrésistiblement le flot monte le long des pentes de là cote 140 ; il balaie tous les obstacles, il arrive au sommet. Il est 11 heures 30. L'objectif est atteint.

Une patrouille de tirailleurs, commandée par le sergent Bouziane, poursuit l'ennemi jusque dans Givenchy.

Mais l'exaltation de la lutte, 4 kilomètres 500 franchis en 1 heure 30, ont mis nos hommes à bout de force physique ; sur la crête toutes les unités sont mélangées ; au premier rang, le colonel Cros, commandant la 2e  brigade, le lieutenant-colonel Demetz, commandant le 7e tirailleurs dirigent la lutte de tous les éléments regroupés, mais les  pertes sont lourdes ; le colonel Pein, entr'autres, est tombé mortellement frappé en menant personnellement sa brigade à l'attaque. Aussi lorsque l'ennemi appuyé par l'artillerie qu'il a pu amener derrière le bois de la Folie, contre-attaque dans l'après-midi, nous sommes obligés, sous sa poussée, de nous reporter quelques centaines de mètres en arrière de la cote 140.

Les zouaves du lieutenant-colonel Modelon, qui arrivent entre 15 et 17 heures, le 4e tirailleurs, sous les ordres du lieutenant-colonel Daugan, qui rejoint à la tombée de la nuit, ne peuvent que relever les unités de tête épuisées. En vain, le 10, tentent-ils d'obtenir un deuxième succès, l'ennemi a réussi à se rétablir, et de nouveaux deuils frappent la Division. Le commandant Toupnot, du 4e tirailleurs, est grièvement blessé ; le colonel Cros, commandant la 2e brigade, le brave des braves, est tué au milieu de ses hommes, et l'aumônier divisionnaire, l'abbé Dubreuil, qui avait atteint la cote 140 avec les premiers éléments, y était tombé sans qu'il fût possible de ramener son corps.


Mais, bien que la fin de la journée n'ait pas répondu aux vastes espoirs du matin, le 9 mai n'en reste pas moins une des pages les plus glorieuses de la Division, que chacun connaît chez nous, et dont il parle avec un souvenir ému. C'est une date que nous avons soulignée du sang de nombreux camarades, mais c'est la date aussi de la première offensive, où le Boche ait mordu la poussière. C'est pourquoi deux fois déjà, nous en avons fêté l'anniversaire, en la consacrant « Fête de la Division ».


(1) Les pages relatives du 9 mai 1915 sont un résumé de récits fait par le capitaine Chevallier, capitaine breveté à l'E. M. de la Division, où il a rendu les plus grands services pendant plus de trois ans.


Sources :
Pages de gloire de la Division marocaine, 1914-1918, Chapelot (Paris)



vendredi 9 novembre 2012

Le 7e B.C.A.







Principaux combats auxquels le 7e B.C.A. a participé

1914    Opérations d’alsace, la Meurthe, Saint-rémy, Vermandovillers, Chaulnes, Lihons
1915    Sudel, Hartmannswillerkopf, Hilsenfirst, Metzeral
1916    Maurepas, Raucourt, Sailly-Saillisel, Bois Saint-Pierre-Wast
1918    Champagne (25-30 juillet), Faverolles, Tilloloy, Crapeaumesnil, Frêtoy-le-Château, Offensive Nesle-Ham

Sources :
Historique du 7e B.C.A
La guerre racontée par les combattants.

jeudi 8 novembre 2012

Quelques figures du 68e B.C.A.









Principaux combats auxquels le 68e B.C.A. a participé

1914    Bois de Ménampré Bois Chenu Lesseux Tête du Violu (16-31 septembre) Chapelle-Saint-Anthoine Hartmannswillerkopf (26-31 décembre)
1915    Sudel Hartmannswillerkopf Hilsenfirst Metzeral
1916    Somme Cote 435 Route Cléry-Maurepas (24 août) Cléry (3 septembre) Sailly-Saillisel (16-22 octobre)
1917    Chemin des Dames (30 juillet) la Malmaison (23 octobre)
1918    Somme Bois des Brouettes le Gros Hêtre Castel (12 juillet) Bois en Z (23 juillet) Morisel Moreuil (8 août) Aisne Plateau de Moisy Mont des Singes

Sources :
Historique du 68e B.C.A
La guerre racontée par les combattants.

mardi 31 janvier 2012

Réflexions du médecin divisionnaire de la 66e D.I. (3)

Jeudi 2 décembre

A Moosch (amb. 3/58) Etudie avec Médecin Chef la question du pourcentage des blessures de tête depuis la mise en service des nouveaux casques en acier.
Vu le soldat du train Montaron ; puni de prison (15 j) qui a demandé à réclamer auprès de moi (Lenteur à obéir à l’ordre de se faire couper les cheveux). Punition maintenue avec demande de changement d’arme souhaité d’ailleurs par l’intéressé.

Vendredi 3 décembre

A Thann : Annoncé à M. Major Noirot sa prochaine évacuation sur St Maurice d’Epinal pour « fatigue générale »

A Moosch (A 3/58) Vu le soldat Jaugey (Armand) du 152e Infanterie 4e Cie, évacué hier pour phlegmon suspect à la cuisse gauche.
Dirigé sur l’ambulance 3/58, l’incision de l’abcès faite démontre qu’il s’agit d’un abcès provoqué par injection de pétrole. L’intéressé avoue d’ailleurs. Ce fait est postérieur à la circulaire confidentielle que j’avais envoyée à tous les médecins pour attirer leur attention sur l’éventualité de cette fraude contre laquelle j’avais été mis en garde par une note du médecin Chef de l’Hop. Des Sources de Bussang : un homme du 152e, mort des suites d’une blessure par balle laissait une succession contenant une seringue, un flacon de pétrole et une somme d’argent hors de proportion avec sa situation de famille. Nous en avions inféré la possibilité d’une entreprise de confection d’abcès en vue d’en battre monnaie.
Le soldat Jaugey était rentré quelques jours auparavant de l’Hôpital de Remiremont ou il avait été traité pour un abcès du genou qu’il attribue à une piqûre par fil de fer barbelé.

Lundi 6 décembre

A Moosch (Amb 3/58) : Attiré l’attention du Médecin Chef sur la fréquence des Erysipèles de la face : n’y en aurait-il pas fausses ou provoquées ?


Sources JMO santé de la 66e D.I.

Orthographe du texte d’origine respectée

vendredi 27 janvier 2012

Réflexions du médecin divisionnaire de la 66e D.I. (3)


Jeudi 25 novembre 1915

Un suicide à l’ambulance 16/7 d’un homme du 27e Bon Chas. à pied arrivant du cantonnement du 27e ch. à pied, évacué en observation pour mélancolie (coup de fusil)

Traité la question de la pâte phosphorée contre rat avec M Barbotte pharmacien : produit dangereux à fabriquer

Mardi 30 novembre 1915

A Vieux-Thann : Poste du 334 un peu moins mal tenu que le 20/11/1915. Mais rien n’a été fait dans l’abri souterrain depuis ce jour en vue de coucher les hommes.
Je vois évacuer dans une voiture médicale régimentaire un homme atteint de rhumatisme, diagnostic porté par le M. aux Joly qui n’a que 4 inscriptions. Cette évacuation aurait du se faire par voiture à 4 roues et le chef de service aurait du se préoccuper tout au moins de cette évacuation qu’il ignorait totalement. Je demande ce soir la relève d’office de ce médecin incapable et ???? (inutile – inerte)


Sources JMO santé de la 66e D.I.

Orthographe du texte d’origine respectée

mercredi 11 janvier 2012

Réflexions du médecin divisionnaire de la 66e D.I. (2)

Jeudi 16 septembre 1915


A Moosch (Amb 3/58) : Rien de saillant, sinon que les chirurgiens me signalent l’excellence du casque comme protection contre les plaies du crane. Dans la récente affaire de l’Hartmannswiller qui a donné 150 blessés environ, 58 vies au moins ont été nettement sauvées par le port du casque.

Mercredi 29 septembre 1915

A Krut (2/58) Réglé le cas d’une blessure à la main par coup de feu à très courte de distance. Le blessé (S… du 67e Bon de Chasseurs) est gardé à l’ambulance jusqu’à décision à intervenir.

Jeudi 30 septembre1915

Visite des tranchées électrifiées sur le sommet de l’Hartmannswillerkopf.

Dimanche 3 octobre1915

St-Amarin : A signaler un nouvel accident par éclatement d’obus du à la recherche d’aluminium : 1 mort, 1 blessé grave avec perte d’un œil (55 RIT)

Mercredi 13 octobre1915

A St-Amarin : Conférence avec le Capitaine administrateur de Thann, les médecins civils et moi au sujet des mesures à prendre pour enrayer l’extension des maladies vénériennes.

a) Les filles soumises seront envoyées à Massevaux.

b) Dès que l’établissement à installer dans ce but à Massevaux sera organisé, ces .filles ...seront soumises à une visite hebdomadaire qui sera passée par le médecin de l’administration civile (Dr Kern)

c) En outre les cas de maladies vénériennes constatées chez des militaires donneront lieu, de la part des médecins militaires, à l’établissement d’un bulletin indiquant les noms, prénoms et résidence de la femme déclarée par le militaire comme étant l’agent contaminateur. Ce bulletin sera directement adressé au Capitaine administrateur de Thann qui prendra les mesures nécessaires pour faire visiter la femme.

Samedi 16 octobre1915

Je prescris de ne pas évacuer les casques, qui sont denrée encore rare, avec les blessés et de doter ceux-ci d’un bonnet de police comme coiffure.

Mercredi 27 octobre1915

A Mittlach (2/64) : Fait appeler l’adjudant du train récemment nommer (C…) et fais observations sévères sur sa conduite depuis sa récente promotion et surtout sur le fait qu’il s’est alloué d’abord une chope ( ?) Personnelle sur les 30 envoyées à son détachement de 51 hommes. Le Médecin Chef (M Hau) se plaint du changement d’attitude de ce sous officier qui a complètement changé et en arrive à se faire détester de ses hommes.

Samedi 30 octobre1915

Ambulance 16/7 : Visite du soldat C… du 13e Chasseurs Alpins atteint de blessure à la tête par balle qui a perforé le casque de part en part. Preuve intéressante de la valeur du casque comme moyen de protection. Gardé le casque.

Sources JMO santé de la 66e D.I. SHD cote 26 N 388/1

mardi 3 janvier 2012

Réflexions du médecin divisionnaire de la 66e D.I. (1)


Mercredi 28 juillet 1915


14 h Tournée à Krut, Moosch et Saint-Amarin

A Krut examen du chasseur Buffet (Camille) du 7e Bon chasseur à pied soupçonné de mutilation volontaire par coup de feu dans le pied gauche – Expertises de 2 médecins contradictoires : après examen, je me prononce pour l’innocence : Il y a un trou de sortie ; le trou d’entrée est à la face inférieure, plantaire du pied. Le blessé devra recevoir une fiche le mettant à l’abri de toute suspicion.

Samedi 31 juillet 1915

Les actes de décès doivent maintenant porter la mention ‘Mort pour la France’ le cas échéant. Faut-il appliquer rétrospectivement la mesure, je réponds par la négative, jusqu’à plus ample informé en vue d’éviter les erreurs ou altérations d’actes déjà dressés et transcrits.

Jeudi 5 août 1915

D’autre part, le Bon (213) réclame des brancardiers ??? Alors qu’il n’utilise pas les siens restés dans la vallée à Moosch pour y faire de la musique.
Conclusion : je vais demander l’envoi de ces musiciens à leur poste de brancardiers.

Vendredi 13 août 1915

Un suicide par pendaison à l’usine de Wesserling, le 12 août au soir du brigadier de douanes F… V…, en traitement à l’ambulance 16/7 depuis le 31 juillet pour contusions multiples et contusions du crane reçues à Cornimont dans des conditions à élucider. Autopsie demain matin et enquête en cours à Cornimont pour tenter d’élucider l’affaire.

Jeudi 19 août 1915

Vu 16 hommes du 5 RIT nouvellement arrivés et évacués par leur médecin (M Gardette, 55 ans). Je les examine un à un. – j’en renvoie 11 à leur corps, 3 à la 16/7 et j’en laisse 2 en observation à la 1/74.
C’est une décision qui choque même les médecins de la 1/75 : Il y a un évacué pour défaut de dents qui a ses deux râteliers complets.
Séance tenante, j’écris une lettre plutôt dure au médecin, qui est venu me voir à mon bureau hier et qui paraît énervé d’avoir été envoyé – à son age – sur le front !!!


Sources JMO santé de la 66e D.I. SHD cote 26 N 388/1

mercredi 30 novembre 2011

La dernière lettre



PACCARD Jules
né à Veyrins (Isere)
le 28/9/1892


Le 10 juillet 1915

Cher frère et chers parents,
Je t’écris ces quelques lignes pour te donner de mes nouvelles qui sont bonnes pour le moment et pour te dire que notre repos est terminé nous avons relevé le 22e alpins des tranchées emplacement plus ou moins bon car nos tranchées se trouvent à 400 mètres boches on préférerait être bien plus près car ils leur est trop facile pour nous marmiter.
Cher frère je peux te dire que nous avons passé quelques jours à l’arrière je t »assure que le temps a passé vite car quand on se sent un peu à l’aise à l’abri de la mitraille on est content, je ne sais quand ce métier finira car on commence tous à le trouver bien long enfin ne perdons pas espoir ni courage peut-être on est bien plus proche de la fin qu’on ne se croit.
En faisant la relève j’ai bien demandé si on ne connaissait pas Chamolay et Trillat mais personne ne les connaît d’abord je ne savais pas leur compagne et puis qu’ils sont nouveaux arrivés alors ils ont pas encore eut le temps le temps de faire connaissance. Voilà cher frère tout ce que j’avais à te dire pour le moment j’espère que ma lettre vous trouvera tous en bonne santé. Tu donneras bien le bonjour à la famille Mignot et Gallay et à Faure

Votre fils
et Frère qui vous embrasse
bien fort

Jules


Tombé à Metzeral
Le 11/07/1915




Mort pour la France.

Croix de Guerre avec palme, ordre de l'armée 2823 du 7/8/1915. (7ème Armée, N°44)
Pour bravoure, courage et dévouement.

Mortellement blessé en posant des fils de fer sur la tranchée (tué par un obus, ses compagnons blessés.)

Général D'Aubigny, commandant des dépôts du 55ème Bataillon de l'Infanterie

Extrait de l’historique du 28e B.C.A.

Relevé le 23 juin, le bataillon se reformait, dans la haute vallée de la Fecht, à Schiessloch et à Mittlach, villages situés à moins de 2 kilomètres de Metzeral, lorsque, le 29 juin il fut alerté vers 11 heures du matin. Après un très violent bombardement des hauteurs à l’est, de Metzeral, l’ennemi avait réussi à s’emparer de la cote 664. Rapidement, les 1ère et 2e compagnies se portent à la contre-attaque; par une marche audacieuse et qui déconcerte l’ennemi, elles traversent, en plein jour et à découvert, les vergers qui entourent Metzeral, puis, elles dépassent le village et gravissent les pentes de 664, s’accrochant au terrain et rampant jusqu’à distance d’assaut. Après quelques minutes de tir d’artillerie sur le point conquis par l'ennemi, le détachement s’élance à la baïonnette et reprend le terrain perdu. A la nuit, le bataillon tout entier occupait le secteur, depuis la rive droite de la Fecht (au nord) jusqu’au ravin de Meyerbühl (au sud). La période qui s’écoule de cette date au 8 octobre est une des plus pénibles que le 28e ait passées en secteur. Sans abris, dans un sol rocheux où tout travail était presque impossible le bataillon resta accroché aux flancs de cette crête aride. La chaleur fut constamment accablante et les grands jours d’été passaient avec une lenteur désespérante.
Les distributions ne se faisaient qu’une fois par vingt-quatre heures, entre 10 heures et minuit, et les nuits étaient employées à l’aménagement du secteur. Tout mouvement de jour était impossible, car l’ennemi, profitant de sa situation incomparablement plus favorable, arrosait le secteur d'obus, de torpilles et de feux de mitrailleuses, sans crainte de représailles. Chaque jour, son artillerie détruisait le travail que les chasseurs avaient opiniâtrement fait pendant la nuit, mais, la rage au cœur et, sans se rebuter, le bataillon poursuivait méthodiquement, l'aménagement de ses lignes. La proximité de l’ennemi ne permettant pas de planter les piquets nécessaires à l’installation de réseaux solides, il avait fallu créer, au prix d’efforts persévérants, des « araignées » , en fil de fer tressé, qui, reliées entre elles par de solides ligatures, étaient placées la nuit, en avant des lignes, et constituaient un réseau important. Les compagnies se relevaient deux par deux, tous les huit jours, et se rendaient à Mittlach ou à Schiessloch, afin de se nettoyer et de se reposer des fatigues extrêmes que leur imposait la garde de ce secteur ingrat.
L’ennemi se montrait actif, particulièrement devant le mamelon du Kioske et le rocher de 664, et ses grosses pièces d’artillerie, bien abritées dans la vallée de Munster, ne cessaient d’écraser les derniers débris des maisons de Metzeral.


Sources :
Photos et lettres, Monsieur COLLOMB Gérard, avec tous mes remerciements
Historique Pages 14 18
Canevas Collection personnelle

mardi 22 novembre 2011

23e B.C.A.


Metzeral - (Mai-Juin 1915)

Depuis le 7 Avril, le détachement d’Armée des Vosges a formé 1a VIIe Armée, sous les ordres du Général de MAUDHUY. La 4e Brigade de chasseurs à laquelle appartient le Bataillon, est placée sous le commandement du Lieutenant-Colonel LACAPELLE et fait partie de la 47e Division (Général d’ARMAU de POUYDRAGUIN).
Le 9 Mai, le Bataillon transporté en camions automobiles, vient relever sur les pentes du Sillakerwasen, entre leHohneck et Metzeral, le 297e Régiment d’Infanterie.
Une nouvelle série d’opérations va être entreprise dont le premier but est l’enlèvement de Métzeral et la chute possible par le barrage de la vallée de la Fecht, de toute la défense allemande au Sud de cette vallée.
Du 9 Mai au 14 Juin, sous la réaction continue par la mitrailleuse ou par le canon, d’un ennemi mis en éveil par les travaux entrepris sur toute la ligne, Braunkopf, Sillakerkopf, cote 830, le Bataillon construit une série d’organisations destinées à faciliter le déclenchement de l’attaque : parallèles de départ, boyaux, abris ; c’est une tâche pénible, dangereuse, mais indispensable, malgré les pertes qu’elle occasionne chaque nuit.


Le bois de l’Eichwald, objectif du Bataillon, couvre l’un des éperons de la chaîne descendant duSillakerkopf sur Metzeral, l’autre éperon étant celui de la cote 83o.
Entouré sur toute sa lisière par un important réseau de fils de fer, le bois, très touffu, dissimule entièrement les organisations ennemies. D’après des observations faites de l’Altmatkopf, à travers quelques éclaircies, il est cloisonné intérieurement par d’autres réseaux, et parait puissamment organisé. D’autre part, si la préparation d’artillerie par pièces lourdes peut être facile à exécuter sur les têtes arrondies et en partie dénudées du Braunkopf et de 83o, au contraire sur les bois de l’ Eichwald, aux organisations masquées, et aux pentes très fortes, ce mode de préparation a dû être abandonné et laissé ici presque entièrement aux engins de tranchée.
L’attaque a lieu le 15 Juin à 16 heures 30, sur tout le front. A notre gauche, le 6e B.C.A. attaque le Braunkopf, à notre droite, le 133e Régiment d’Infanterie attaque la cote 83o.
La préparation énergiquement conduite partout, a paru bonne, quoique insuffisamment massive, sur l’ Eichwald. Cependant, au moment où l’ordre d’assaut est donné, aucune hésitation n’est possible. Les positions del’Eichwald forment pour le Braunkopf et 830 de terribles organes de flanquement. Il importe àtout prix de les attaquer et de ne pas permettre à leurs organisations et à leurs défenseurs, d’intervenir dans la lutte des secteurs voisins.
Les unités se portent à l’assaut avec un entrain splendide; la 4e compagnie (Capitaine LOIRE) attaque la corne N.O. du bois, la 3e Compagnie (Lieutenant EISSAUTIER) , renforcée par un peloton de la 6e Compagnie (Sous-Lieutenant FORGUES), attaque la corne S.O. et le blockhaus ; la 5e Compagnie (Capitaine MOUNIER), progresse face au bois, faisant la liaison des attaques des 3e et 4e Compagnies ; elle doit assurer le nettoyage des organisations ennemies; la 1re Compagnie (Capitaine ANNEAU), - doit attaquer dans 1e vallon, en liaison avec le 6e’ Bataillon.
A notre droite, le blockhaus est vaillamment enlevé, les occupants , tués ou faits prisonniers dans un énergique corps à corps. Le Sous-Lieu tenant DURAND, quoique blessé, s’y porte et s’y maintient avec sa section de mitrailleuses.
Les fractions des 3e et 6e Compagnies continuant leur progression pénètrent dans le bois; elles se heurtent à une organisation puissante et intacte, où est concentrée la défense ennemie : un énorme mur en pierres sèches, protégé par un vaste réseau et flanqué par les mitrailleuses.
L’assaut est immédiatement tenté; le Sous-Lieutenant FORGUES est tué en essayant de franchir courageusement le mur; le Sous-Lieu-tenant CHIDE tombe grièvement blessé devant le réseau; les chasseurs décimés par un feu meurtrier se cramponnent au sol pour ne pas perdre le terrain conquis et mènent un énergique combat au fusil et à la grenade.
Plus à gauche, le Capitaine MOUNIER, sous un feu violent, dirige la 5 e Compagnie par gestes, tranquillement, comme à la manœuvre; il tombe mortellement atteint, refuse les soins de son ordonnance et continue en mourant, à exciter l’attaque au cri de : « En avant toujours en avant ! »
Malgré un feu meurtrier, les premières sections de sa compagnie franchissent le réseau extérieur, mais arrêtées sous bois par le second réseau et par le même mur intact, elles doivent se retrancher sur place les fractions de soutien qui ont progressé jusqu’à la lisière, cherchent à s’y maintenir et subissent de fortes pertes.

A l’extrême gauche, même manœuvre, même réseau intact canalisant perfidement les attaques; les vagues d’assaut veulent passer quand même. Plusieurs chasseurs tombent la cisaille à la main dans les fils de fer, en essayant d’y ouvrir des brèches ; d’autres courageusement cherchent à renouveler la tentative et tombent à leur tour. Dés lors, les chasseurs cramponnés au sol, creusent des trous individuels et plutôt que de reculer se font faucher devant les fils de fer dans un alignement tragique. Les chefs de section sont tous tués ou blessés : des sergents, des caporaux, de simples chasseurs prennent le commandement des fractions et continuent le combat. Une contre-attaque ennemie au centre, ne peut déboucher du bois.
L’attaque est ainsi arrêtée sur tout le front, en face d’une organisation impossible à repérer sous bois et que la préparation d’artillerie a laissée intacte. En raison de la situation défavorable formée par l’avance irrégulière des troupes et de l’impossibilité de coordonner leur action, ordre est donné aux fractions avancées de se replier successivement sur la ligne de départ pour permettre une nouvelle préparation. L’attaque doit, en effet, être renouvelée avant la nuit. Mais en raison des résultats incomplets obtenus également dans les opérations contre le Braunkopf et 830, une nouvelle opération d’ensemble doit être envisagée et l’attaque est ajournée. Du reste, une partie des fractions engagées combat encore devant la position ennemie et ne peut être repliée pendant le jour; ces fractions rejoignent à la nuit tombante la tranchée de départ.
Dans la nuit du 15 au 16, l’ennemi ne tente aucune réaction; la nuit est utilisée à la relève et à l’évacuation des blessés, ainsi qu’à la réorganisation des unités. Par un admirable sentiment de dévouement et de solidarité, plusieurs de ceux qui viennent d’échapper à la mort reviennent: encore dans la nuit près des positions ennemies pour rechercher les camarades tués ou blessés. Cet assaut a été particulièrement meurtrier. Tous les chefs de section et de demi-section, sortis des tranchées, ont été sans exception mis hors de combat. Les compagnies d’attaque ont perdu plus de la moitié de leur effectif dont une proportion élevée de tués. Ce détail souligne l’acharnement de la lutte, la ténacité et la bravoure des chasseurs. Cet effort sévère, avait eu du moins pour résultat important, outre les pertes infligées à l’ennemi, d’interdire l’intervention des Allemands de l’Eichwald dans la lutte du Braunkopf et de 830, que nos troupes avaient pu en partie enlever. Nous avions ainsi coopéré puissamment aux succès de la journée.
Le 16, l’attaque d’ensemble est reprise. L’opération du 15 ayant montré l’impossibilité de faire sur l’Eichwald des concentrations de feux d’artillerie et de tirs de destruction suffisants, le rôle du bataillon est d’aider par ses feux les attaques exécutées sur le Braunkopf et 83o, et de battre sans interruption, par ses fusils et ses mitrailleuses les organisations ennemies de l’Eichwald.
Le 17, sous la menace créée par la progression des attaques voisines, et sous la pression continue du Bataillon, l’ennemi abandonne ses positions de l’Eichwald et bat en retraite ne laissant dans les bois que des patrouilles d’arrière-garde. Nos reconnaissances y pénètrent et le mouvement en avant est repris par la 6e Compagnie (VERGEZ) et la 2e Compagnie (GRELOT). Le bois est rapidement traversé. Quelques patrouilles d’arrière-garde sont faites prisonnières.
Continuant rapidement leur progression au-delà du bois, les premières fractions débouchent devant la partie ouest du faubourg d’ Alternat dont elles s’emparent et où elles s’établissent avec les fractions du 24e B.C.A.
Quelques patrouilles poussent jusqu’aux premières maisons de Metzeral en flammes.
Dans la nuit du 17 au 18, le Bataillon reçoit pour mission d’occupé , Altenhof et d’établir vers la Fecht la liaison avec les troupes opérant sur les pentes du Schnepfenried où l’attaque entreprise par la 66e D.I. progresse lentement. L’ennemi canonne sans, relâche le fond de la vallée, et tient encore solidement le cimetière et les quartiers Sud de Metzeral.
Le 18 et le 19 le Bataillon se maintient sur ses positions et s’organise à Altenhof-Sud.
Le 20, il est relevé par le 22 e B.C.A. et est mis au repos au bivouac, dans la région du Lac de Schiessroth.
Dès le 21, il revient à Altenhof et soutient l’attaque des troupes qui enlèvent Metzeral.
Le 22 Juin, il est mis de nouveau au repos dans la haute vallée de la Fecht pour se réorganiser.
Durant cette période de durs combats, le Bataillon avait largement rempli sa tâche.
Au lendemain même des attaques des 15, 16 et 17 juin, la traverse du bois à la poursuite de l’ennemi en retraite, avait permis d’apprécier la puissance formidable de l’organisation établie dans l’Eichwald. Celle-ci témoignait, comme purent s’en rendre compte ultérieurement tous ceux qui sont venus voir cette organisation défensive exceptionnelle, de l’importance attachée par l’ennemi à la conservation de cette position, de l'âpreté de la lutte héroïque menée par les unités d'assaut, de la valeur du succès remporté par le Bataillon.


Sources :
Historique du 52e B.C.A.
Carte E.M.


Remerciements à A Bohly et D Roess

samedi 19 novembre 2011

52e B.C.A.


Metzeral.
(Juin 1915.)

Le 52e, ainsi entraîné, est prêt pour des opérations plus importantes. Au début de juin 1915, il abandonne ce secteur de Pairis où il tient depuis novembre, dont il a commencé l'organisation et dont il vient d'améliorer la situation. Il va prendre part aux opérations que la 47e division, en liaison avec la 66e à sa droite, va tenter entre la Fecht-de-Metzeral et le grand Ballon d'Alsace.

Du 10 au 15 juin, le bataillon, sous l'énergique direction du commandant AUSSET, occupe, face à la vallée de Metzeral, les tranchées du Braunkopf, soumises à un furieux bombardement sans arrêt. C'est de là que va partir l'attaque.


Le 16 juin, le combat est engagé sur tout ce vaste front ; le bataillon a l'ordre de nettoyer le bois de Sommerlitt, que l'ennemi a puissamment organisé ; ce bois, très touffu, couvre une région de roches difficiles. La bataille y sera dure.
A la baïonnette, à la grenade, pas à pas, à travers les réseaux insuffisamment détruits, les braves des 9e et 10e compagnies s'engagent dans ce bois où la mitraille ennemie frappe avec une violence inouïe. Dès les premiers pas, le lieutenant BOULANGER, commandant la 10e, est tué devant un réseau ; le lieutenant MATHENET, arrivé de la veille pour prendre le commandement de la 9e, est blessé à son tour. Mais les bonnes unités marchent tout de même ; les sous-lieutenants MILLOT et MAGE entraînent leurs chasseurs à travers mille difficultés. En arrivant au fond du bois, après l'avoir nettoyé, tous deux à leur tour sont blessés. Pendant la marche, le sous-lieutenant TARDIEU, de la 10e, avait été tué, et le sergent MANDET, de la 9e, voulant à lui seul capturer un groupe d'ennemis, se fit tuer à son tour en leur faisant lever les mains.
Ayant ainsi gagné un demi-kilomètre, les deux compagnies, épuisées mais victorieuses, creusent leurs trous à l'autre lisière.


Le 21 juin, la bataille continuant, le 52e prend part à l'attaque de Metzeral. Dans son élan irrésistible, il part à l'assaut et culbute l'ennemi. L'église est atteinte, les abords de la gare sont en notre possession, mais ne peuvent être dépassés ; de nombreuses mitrailleuses dissimulées dans les taillis, au Reichakerkopf, nous arrêtent net.
Pendant les deux semaines suivantes, le bataillon resta en ligne dans ces quartiers de bataille, bombardés sans rémission du matin au soir. A la cote 664, au-dessus de Metzeral, la 10e compagnie, aux ordres du lieutenant OLIVE, résistait le 29 juin à un assaut très violent tenté par l'ennemi pour reprendre le terrain perdu. Cette belle compagnie, qui avait perdu trois de ses officiers le 16, résista encore grâce à l'énergie du seul officier qui lui restait, lequel, dans cette heure critique, suppléa par sa valeur personnelle à l'extrême épuisement de sa troupe et la tint à sa place sans qu'un seul prisonnier lui fut fait.

La première citation à l'ordre de l'armée.

La belle conduite du 52e chasseurs, qui depuis près de trois semaines était engagé sans répit dans une grande opération, fut signalée ; elle lui valut, quelques jours plus tard, son premier titre de noblesse : sa première citation à l'ordre de l'armée qui parut avec le texte suivant :

Ordre de la VIIe armée n° 32, du 9 juillet 1915.

Le 52e Bataillon de chasseurs :
A fait preuve d'une vaillance et d'une énergie au-dessus de tout éloge, en enlevant une position très fortement organisée, dans laquelle l'ennemi se considérait comme inexpugnable, d'après les déclarations mêmes des officiers prisonniers. Lui a fait subir des pertes considérables et, malgré un bombardement des plus violents, n'a pas cessé de progresser pendant plusieurs journées consécutives pour élargir sa conquête.

A la suite de ces belles journées, nos officiers et nos chasseurs recevaient, à leur tour, la récompense de leur vaillance.
Les chasseurs STIERLIN, SARRAZIN et CHANUT, les infirmiers JUILLARD et GUIBERT, le sergent GAY, le lieutenant BOULANGER étaient cités à l'ordre de l'armée. Le chasseur BESSY, le médecin auxiliaire ARRAUD, le caporal RODDE recevaient la médaille militaire. Ce dernier, à l'attaque du 16, ayant reçu une balle qui venait de lui fracasser le bras, criait encore à ses chasseurs d'avancer sans se soucier de lui-même.


Sources :
Historique du 52e B.C.A., avec l’aimable autorisation de Jean-Luc Dron
Carte E.M.
Photo ancienne ‘La photo au service de l’histoire’ Société d’Histoire du Val et de la ville de Munster, avec l’aimable autorisation de Gérard Jacquat

lundi 7 novembre 2011

Soupir, 17 avril 1917



Le 17 avril

4h.30
L’ennemi prononce une très forte contre-attaque sur tout le front du Bataillon. Des troupes fraîches y coopèrent, elles appartiennent au 211erégiment de réserve (45e division de réserve)
Nos feux obligent l’assaillant à reculer en laissant des cadavres sur le terrain. La 4e compagnie, malgré de grosses pertes (capitaine Bonnier, blessé, sous-lieutenant Scoliège, tué) résiste énergiquement. Le lieutenant Charles est tué.


11 heures.
Le tir trop court de nos canons oblige toute la droite de la ligne à refluer de quelques pas. Sitôt la crise passée les emplacements sont réoccupés.
Il faudrait, en ces jours d’héroïques combats, citer tous les chasseurs du Bataillon, car tous se sont battus comme des lions, la difficulté de s’emparer de cette position indique suffisamment la bravoure avec laquelle les chasseurs se sont élancés à l’assaut. Néanmoins quelques-uns méritent qu’on cite leurs noms.
Le chasseur Biez, de la C.M.1., voit déboucher une contre-attaque ennemie en arrière de la section ; il s’élance seul sur les assaillants, les attaque à la grenade, en tue 4 et met les autres en fuite.
Le sergent Ethuin, de la 5e compagnie, se précipite sur un groupe de grenadiers ennemis, tue 3 Allemands, dont un officier et fait les autres prisonniers.
Le sergent Delaune, de la 5e compagnie, est blessé ; il prend néanmoins, le commandement d’une section privée de son chef et repousse trois contre-attaques ennemies.
L’adjudant Guillaume, de la 2e compagnie, enlève de haute lutte une mitrailleuse ennemie.
L’adjudant Ricart, de la 3e compagnie, tombe mortellement frappé après avoir été blessé au début de l’action.
Le chasseur Guyon, de la 3e compagnie, est en position prés d’une mitrailleuse ; l’ennemi, au cours d’une contre-attaque, s’avance au devant de la pièce, elle va être prise. Guyon se précipite au devant de l’assaillant, lutte, est blessé, mais la pièce est sauvée.
Le sous-lieutenant Lhuillier a été blessé au début de l’attaque ; le sergent Lang, de la 3e compagnie, a pris le commandement de sa section, il manœuvre adroitement trois îlots de résistance, permettant ainsi à sa compagnie de progresser. Le soir, il repousse une violente contre-attaque ; un de ses chasseurs, Picot (Georges) est grièvement blessé et perd l’œil droit.
Le chasseur Paindevoine, de la 2e compagnie, veut, malgré la violence du feu, transporter un de ses camarades mis hors de combat ; il est à son tour grièvement blessé.
Il faudrait des pages pour citer tous les actes des braves qui se sont distingués, car ils furent nombreux.


17h30
Le Bataillon appuie l’attaque des 27e et 29e Sénégalais sur les carrières de Grinons et l’attaque du 29e B.C.P. sur les carrières souterraines.
Dans une progression à la grenade, la 1re compagnie cherche à déborder par l’est la zone des abris fortement tenue par l’ennemi ; le mouvement est arrêté par des mitrailleuses et barrages de grenades. Le peloton de 37 appuie par son tir le mouvement des Sénégalais.

A 21 heures Une contre-attaque allemande est repoussée comme les précédentes.


Sources :

Historique du 25e BCP Avec l’aimable autorisation de Didier créateur du site ‘Chtimiste


Photos et carte Alain Pereur

jeudi 3 novembre 2011

LA BUTTE DE VAUQUOIS



A L'ASSAUT DE LA BUTTE DE VAUQUOIS
28 FÉVRIER 1915

Voici un récit vécu de la conquête de la fameuse « Butte », de sinistre mémoire, comme les Eparges, pour tous les rescapés des sanglants combats qui s'y déroulèrent avec une telle frénésie que cette croupe célèbre devait, à la suite des éruptions volcaniques des mines et contre-mines, voir son niveau s'affaisser de plusieurs mètres. On hausse les épaules, aujourd'hui, devant cette bêtise sans nom qui faisait, à cette époque-là, encore sonner la charge et jouer La Marseillaise au moment de l'assaut. Mais c'étaient les derniers sursauts d'une vieille pratique militaire qui ne voyait la charge à la baïonnette que comme l'épisode final et magnifique d'une manœuvre de garnison.

Les obus continuent de tomber dans un vacarme assourdissant sur la colline. Les officiers encouragent les hommes de leur mieux.
« On entrera dans Vauquois sans tirer un coup de fusil, disent-ils, et l'arme à la bretelle !... »
On aurait pu croire aisément ces paroles encourageantes. Chacun pensait qu'après un pilonnage semblable on ne retrouverait plus qu'un cahot d'abris et de tranchées sanguinolentes aban­données...
Mais les Allemands, devant ce déluge de fer, se retireront tout bonnement en arrière et feront appel, entre temps, à des renforts.
Après cinq heures de bombardement ininterrompu dont l'intensité n'a jamais été égalée jusqu'à ce jour sur le même objectif et sur aucune partie du front, un clairon s'est mis à sonner la charge

Il y a la goutte à boire, Là-haut !...

C'est le signal. Il est une heure de l'après-midi. Notre artillerie cesse tout à coup pour nous donner le champ libre. Par malheur, la charge a sonné quelques minutes trop tôt, ce qui permet aux éléments allemands encore valides de se ressaisir et de venir réoccuper leurs tranchées.
Le clairon les a avertis. Tant pis ! Les commandements de : «En avant ! » se sont répercutés sur l'ensemble du secteur.
Dans un élan superbe, les soldats gravissent lestement les échelles et montent maintenant sur la pente de la « Butte ».
Les baïonnettes étincellent sous la rafale de feu.
Là-bas, à la ferme de Bertramet, le général Valdant, voyant partir ces guerriers dans un assaut sublime, se tourne vers ses officiers et dit en se découvrant :
« Saluez ! Messieurs ; ce sont des héros qui s'en vont à la mort !... »
Non loin de nous, près de la « gabionnade », les musiciens, sous le comman­dement du sous-chef Laty, entament la Marseillaise.
Ces giboulées de grésil glacial qui faisaient trembler nos pauvres carcasses durant ces cinq heures de bombarde­ment intense, semblent, tout à coup, avoir été balayées par la tempête.,., l'autre... la tempête de feu...
Maintenant que les fantassins des deux camps sont en contact, l'artillerie ennemie donne de la voix et remplace la nôtre. Des obus allemands de tous calibres s'abattent dès lors sur le ver­sant sud de la colline, sur ces hommes qui montent à l'assaut, sur le Chemin Creux où nous nous faisons petits et sur la « gabionnade » pour empêcher nos renforts d'arriver.
Pour intimider le régiment, l'ennemi envoie deux formidables obus de 305 au pied du « Mamelon Blanc », sans faire trop de dégâts.


Le lieutenant attend toujours impa­tiemment l'ordre de se porter à tel point du village. Mais, tout à l'heure, il m'a soufflé : qu'une fois la « Butte » en notre possession, nous irons, avec le 1er bataillon, installer nos mitrailleuses de l'autre côté de la colline dans un petit boqueteau... Brrr ! N'y tenant plus, il s'avance dans le chemin montant pour aller aux renseignements. Mais notre position devient de plus en plus périlleuse. Nous sommes au beau milieu du tir de barrage de l'ennemi.
Se déplacer est pure folie. Il faut se résigner à se laisser massacrer sur place... Nous restons plaqués aux derniers gabions qui prolongent la route jusqu'ici. Nous vivons dans un enfer indescrip­tible. « Ça tombe tout autour de nous et « ça » soulève la terre, les hommes, des poutres de bois et de fer...
Il ne faut plus se faire d'illusion sur notre sort.
J'égaille un peu les mitrailleurs afin d'éviter trop de pertes si un obus arrive sur la section. On ne sait rien de ce qui se passe sur la « Butte » et on n'ose pas la fixer. Si je fais cet effort, j'aperçois de la fumée, des pierres soulevées et une pluie de terre qui retombe alentour.
Le vacarme est assourdissant. Il faudrait se parler à l'oreille pour s'entendre... Et encore !...
Nous serons étonnés d'apprendre, plus tard, que la musique n'a pas cessé de jouer l'hymne national malgré ses pertes. Nous n'entendons plus rien qu'un sourd bourdonnement dans les oreilles à faire éclater la tête.
Mais nous voyons enfin la deuxième vague arriver sur la « Butte », la baïon­nette haute. Les fantassins, debout ou agenouillés, épaulent et tirent. Quelques-­uns tombent à la renverse en battant l'air des mains... Plus près de nous, un bras arraché, venant on ne sait d'où, s'étale sanguinolent sur le Chemin Creux où s'entassent déjà des morts et des moribonds. Les remplaçants de ceux de la veille l...
Et le défilé des blessés commence. Celui-ci est transporté par deux jeunes prisonniers qui viennent de se rendre au lieutenant Michel. Je vois encore ce brave officier, tenant ses deux prises par les oreilles pour les remettre à la garde d'un caporal. Deux autres blessés ramènent un de leurs camarades. Ils ont fort à faire avec cet homme qui hurle et se débat. Ses yeux sont hors de la tête ; ses dents sont serrées sur une racine d'arbre en travers de sa bouche... Il est fou !...


Cet autre, qui dévale la pente en courant, soutient sa mâchoire inférieure qui ne tient plus que par quelques lambeaux de chair. Ce qui fût une bouche n'est plus qu'un trou béant ensanglanté où remue, impuissante, la moitié d'une langue dans un caillot de sang ; un tronçon de langue qui, par des cris rauques, nous fait comprendre qu'elle demande le chemin du poste de secours.
Nous lui indiquons la direction à prendre.
Arrivera-t-il jusqu'en haut de son calvaire ? sur le « Mamelon Blanc », où les médecins doivent être débordés d'ouvrage. Sur le moment j'en doute, et je douterai encore davantage lorsque je le rencontrerai plus tard avec sa mâchoire rafistolée...
A ce moment, les blessés valides qui passent font courir des bruits inquié­tants... On reculerait sur la pente ouest !... Il faut redoubler de vigilance et se tenir prêt à se porter là où la mi­traille » sera nécessaire... Il est quatorze heures. Je cherche en vain le lieutenant qui tarde à revenir.
Et, tout à coup, un cri sur notre gauche : « les Boches nous tournent l... »
En effet ! quelques éléments allemands arrivent jusqu'à la route, près de la Cigalerie, près du dépôt de munitions, et commencent à tirailler sur des soldats du 89e qu'ils ont refoulés jusque-là.
Quel beau tir en enfilade pour une mitrailleuse !...
Je me porte de ce côté avec la 2e pièce. En un clin d’œil la mitrailleuse est placée et pointée dans la bonne direction. Tout mon monde est là ; du moins je le crois... Hélas ! il me manque le principal : les cartouches !... Je hurle, je m'égosille :
« Les pourvoyeurs l... A moi !... »
Ils sont sans doute « planqués » dans un trou et ma voix serait-elle plus forte que le rugissement du lion qu'on ne l'entendrait pas à deux mètres. Je désespère de manquer ce « beau coup » qui se présente si ce doit être le seul de la journée ?...



On croirait que tous les éléments de la terre sont déchaînés autour de nous. Je m'époumone pour rien. Je monte sur une petite éminence pour faire les signaux réglementaires de demande de munitions : les bras tendus horizon­talement. Entre deux explosions, j'en­tends les mitrailleurs, tassés près de la pièce, me crier
« Planque-toi ! Tu vas te faire « mou­cher » !... »
Des éclats d'obus de toutes dimen­sions voltigent en effet dans tous les sens pour venir s'aplatir tout chauds, tout striés, tout tordus, autour de notre position. Ces morceaux de ferraille sifflent et ronronnent épouvantablement dans l'air. Ils nous enlèveraient un bras ou la tête aussi proprement qu'un bou­cher de métier pourrait le faire. Et il faut garder tout son sang-froid dans cette atmosphère infernale...
Tout cela se passe en moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire ; et les Alle­mands, aplatis en tirailleurs, sur la gauche, fusillent des soldats à bout-­portant. Nous pourrions les balayer d'un seul coup et nous restons impuis­sants.
J'aperçois enfin sur la droite, à quelque cinquante mètres, un de mes pour­voyeurs agenouillé près d'un gabion renversé. Que fait-il ainsi prostré ?... Il ne m'entend pas et ne nous voit pas. Je m'élance vers lui pour le ramener avec ses munitions. En arrivant à sa hauteur, ma voix, qui s'apprêtait à l'apostropher de belle façon, s'arrête dans ma gorge. Un spectacle affreux et poignant me cloue sur place. Près du gabion aplati qui laisse échapper ses entrailles de pierres et de cailloux entre les croisillons de ses fascines arrachées, un homme, approchant la quarantaine, est allongé la face vers le ciel. Tel son fragile rempart, le soldat a le ventre ouvert. Il fait un effort surhumain pour éloigner la mort de quelques instants.


Mon pourvoyeur a levé la tête mais il ne pense plus à son emploi de ravi­tailleur. Il me fait comprendre que le moribond est natif du même village que lui. Les yeux du blessé laissent deviner qu'il m'implore d'autorisée son camarade à rester à ses côtés jusqu'à l'instant suprême.
Mon pourvoyeur retient ses larmes et console son ami comme il peut : - Ce ne sera rien !. Tu seras bien soigné !... lui dit-il. Mais le blessé comprend sa situation. Il voudrait faire des recommandations mais ses forces le trahissent. D'une main il soutient un paquet informe, rouge et noir ; les intestins, sans doute, qui tentent de s'échapper de la large plaie qui s'ouvre à chaque respiration accélérée par la fin proche. De l'autre il tire péniblement d'une poche de sa capote, une photo de femme qu'il essaie encore de porter à ses lèvres, puis sa montre :
- Tu lui diras où je suis tombé !!... Ma femme !... Tu lui rapporteras ma montre...
J'ai saisi les deux caisses de cartouches et j'ai laissé le mitrailleur fermer les yeux de son camarade...
Toute cette scène poignante s'était déroulée dans l'espace de quelques minutes. Quand je fus de retour près de ma pièce avec mes munitions, il était trop tard ; les vaillants soldats du 890 s'étaient ressaisis et avaient refoulé l'ennemi.

Henry-Jacques HARDOUIN.
(Tiré du livre de l'auteur : « Avec les « Bleus » du Premier Grenadier de France.)

Source Document extrait de l'almanach du combattant 1939, pages 305 à 308,
Article : A l'assaut de la butte de Vauquois 26 février 1915, auteur : Hardouin Henry-Jacques

Des photos sur Vauquois


Merci à Jean-Claude PONCET

lundi 31 octobre 2011

LE BOIS DE MORTMARE

AVRIL 1915
LE BOIS DE MORTMARE

Infatigable dans sa fidélité à conter ses souvenirs d'artilleur de 75, notre ami Camille Vilain évoque ce printemps d'avril 1915, au lieudit le bois de Mortmare, au nom funèbre, qui fut parfois célébré dans les communiqués et où, malgré l'envahissement de l'eau, des hommes souffrent de la soif. On s'y affronte durement. On y consomme des masses d'obus de tous calibres. Un mauvais coin où, des deux côtés, les morts s'accumulent.

LE Bois de Mortmare, bien que ce nom ait maintes fois figuré dans les communiqués du 1er au 25 avril 1915, occupe dans nos souvenirs une bien petite place et, pour qui a vécu par la suite Verdun, la Somme ou les attaques de Cham­pagne, cela s'explique facilement. Les opérations qui s'y déroulèrent forment cependant un des épisodes les plus sanglants de ce premier printemps de la guerre et ont, en outre, cette particularité d'avoir inauguré pour l'artillerie une nou­velle méthode de tir : le bombar­dement de choc, si je puis dire. On avait compris, à l'exemple de nos ennemis, qu'il fallait écraser avant d'attaquer et l'on employa pour cela tout ce que nous avions de bouches à feu.
On pardonnera à un artilleur, jeté dans la mêlée, d'évoquer ce que furent les trois semaines qu'il passa dans un véritable marécage, avant que nos assauts répétés nous eussent donné la précieuse crête que nous voulions.
Le Bois de Mortmare (au sud-­est du département de la Meuse) couronne une petite éminence qui, par la vue qu'elle offre à son som­met, est de première importance pour les opérations à venir. Or, les Allemands, avant nous, s'en sont emparés et nous voulons les en déloger.
C'est un trajet en chemin de fer (wagons à bestiaux) qui, de la région de Verdun, nous conduit par Sainte-Menehould et Bar-le-Duc à Vaucouleurs.
Quelques heures dans cette petite ville aux cafés accueillants et aux magasins de toute sorte et nous entamons une interminable et épuisante étape qui, passé Pagny-­sur-Meuse, nous amène, la nuit tombée, dans le secteur du Bois de Mortmare.
Comme s'il en avait été prévenu, l'ennemi salue notre arrivée par une série de rafales qui, par bon­heur, à part quelques égratignures au matériel, ne causent pas de dégâts notables.
Nous sommes, en pleine obscu­rité, dans un terrain spongieux et gluant que nous explorons à grand-peine. Toute la nuit nous travaillons pour établir nos pièces et tenter de rendre habitable une sorte d'abri ; je dirais plutôt un trou aux abords écroulés, où il y a déjà vingt centimètres d'eau.
Sur cette position, l'humidité sera d'ailleurs, de nuit et de jour, notre constant souci. Elle est par­tout et fait corps, en quelque sorte, avec l'air que nous respirons. En dehors même d'averses torren­tielles, le sol est gorgé d'eau et, sur les rares buissons, les gouttes se reforment au gré d'une bruine indiscernable qui humidifie la peau et trempe les vêtements. Il semble que l'on évolue dans une masse liquide qui n'est pas un brouillard et cependant traverse gilets et vareuses, se glisse dans les manches, dans les poches, ce qui à la longue est extrêmement pénible.
Devant nous, un petit bois, fort éprouvé par la mitraille, où des équipements français et allemands, entre des arbres déchiquetés et suintants, témoignent que l'on s'y est durement battu ; chaque trou est une mare et chaque ornière, une rigole.
Comme nous ne pouvons, mal­gré nos efforts, assécher la cabane qui nous est attribuée - l'eau revenant au fur et à mesure que nous la vidons - nous en sommes réduits à installer au-dessus de la nappe liquide des couchettes surpilotis, réalisées avec des pieux et des fils de fer croisés et que nous atteindrons à l'aide d'un escabeau de fortune.
Par contre, l'eau potable manque totalement. C'est un fourgon qui, assez irrégulièrement, nous en apporte une petite quantité et nous souffrons de la soif. Très tôt, nous prenons la faction, aux fusées qui, sous le ciel sombre, se succèdent à la moindre alerte.


Dimanche 4 avril 1915.

De bien tristes fêtes de Pâques. Il pleut, et, entre deux tirs, nous restons enlisés dans nos trous.
Nous avons, par ailleurs, et sitôt notre arrivée, aménagé dans les proches tranchées des obser­vatoires avancés. Ils offrent à leur occupant une vue fort intéressante des objectifs, mais le séjour n'y est pas sans danger.
Hier soir, c'est le lieutenant Kammerer, un fort brave et très sympathique officier, aimé de tous, qui s'y est fait tuer et cette perte nous affecte beaucoup.

Lundi 5 avril 1915.

Grande attaque française sur le Bois de Mortmare. Nos rafales se succèdent à cadence accélérée. Le ciel est en feu. Nous recevons l'ordre de tirer 150 coups de suite par pièce, ce qui n'était encore jamais arrivé.
C'est là un exemple de ces « tirs massifs » dont je parlais ci-dessus.
Pour donner une idée de leur densité, il faut se rappeler que si le « 75 » n'est pas un canon lourd, il est essentiellement un canon à tir rapide, je dirai même à tir très rapide.
Dans les exercices de célérité de nos écoles à feu du Camp de Mailly (mai 1914), une équipe entraînée arrivait à tirer 22 à 23 coups à la minute d'une même pièce.
Si l'on tient compte des difficul­tés rencontrées sur un terrain moins propice au tir, la cadence sera évidemment ralentie, mais restera tout de même, s'il le faut, à 17-18 coups minute.
Nous avons ainsi 180 coups en dix minutes pour une pièce, 720 coups pendant le même temps pour une batterie de quatre pièces et 2160 coups, si le groupe de trois batteries est en place.
Que l'on imagine maintenant ce que peut être un secteur d'at­taque soudainement arrosé pen­dant dix minutes de 2160 obus explosifs (les plus efficaces). Je pense qu'il y aurait là, l'effet de surprise s'ajoutant aux destruc­tions, une sérieuse préparation pour l'assaut.
Pour ne rien oublier, j'ajoute que ce même jour, pour accroître encore notre puissance de feu, une section d'anciens canons de 90,avec ses spécialistes, est venue se joindre à nous et les vétérans qui la servent ne boudent pas à la besogne.
A 11 h 30, une nouvelle attaque des nôtres est déclenchée et ce sont, à doses massives, de nouveaux tirs.
A 17 h 30, c'est le départ d'une troisième attaque française quicomplète notre victorieuse avance du matin. Les pertes allemandes sont - nous dit-on -considé­rables.
Un agent de liaison a même ce mot pour nous : « Un nettoyage comme je n'en ai jamais vu, dit-il. Une contre-attaque allemande est anéantie, à son départ, sur ses propres tranchées. »
Bien entendu, notre action n'est pas sans réponse allemande.
Nous sommes sous un feu continu et assez dense sur les divers objectifs de la position. Par bonheur, de nom­breux projectiles, surtout les très gros, s'enfoncent dans le sol détrempé sans éclater ; d'autressoulèvent d'énormes boursouflures de terre.

Mardi 6, mercredi 7 avril.

Nouvelles attaques successives. Des centaines et des centaines d'obus tirés. De jour comme de nuit, le ravitaillement en projec­tiles fonctionne, non sans danger. Les chevaux, plus vulnérables, ont payé un lourdtribut, mais les munitions n'ont pas manqué, mal­gré le rythme infernal auquel nous les consommons.
Ce sont maintenant des contre-­attaques allemandes qui se dé­clenchent de face et par la plaine où la lutte est sanglante. Nous assurons tous les « barrages ».
Notre vie matérielle ne s'est pas améliorée. Il n'y a pas de cuisine possible ; nous mangeons ce que nous pouvons, quand nous le pouvons, lorsqu'un fourgon de ravitaillement peut nous joindre, et les soins de propreté sont quasi réduits à zéro.

Jeudi 8, vendredi 9, samedi 10 avril.

Les jours suivants sont plus calmes : nous tenons enfin cette crête du Bois de Mortmare, point important qu'il s'agit de garder.

Lundi 12, mardi 13 avril.

Un peu de soleil s'est décidé à luire et de nombreux avions sont apparus. Les Allemands viennent voir où ils en sont, mais leurs appareils essuient, sans grand résultat, les fusillades nourries de nos fantassins.
Au cours d'une reconnaissance vers nos lignes avancées, nous sommes pris sous une salve très précise d'obus. L'un des projectiles a atteint le coin retiré que nous appelons poétiquement « les feuillées », couvrant d'immondices notre aspirant qui s'en sort sans mal.

Lundi 12, mardi 13 avril.

Nos tirs, toujours nourris, visent maintenant les points névralgiques indiqués par nos fantassins et nous surveillons attentivement nos pièces, dont les tubes commencent à se ressentir du surmenage intense que nous leur avons imposé. A notre batterie (7e), après si rude épreuve, deux seulement restent en état de tirer, sans risque trop immédiat d'éclater.
C'est d'ailleurs l'accident qui vient d'arriver (pour la seconde fois en huit jours) au 34e d'artillerie, non loin de nous, l'une des pièces ayant littéralement explosé avec un obus dans le tube, faisant plu­sieurs blessés, tous très grièvement atteints.

Samedi 24 avril.

Ce matin, un miracle ! Sur cette position de boue gluante où nous vivons, voici qu'au pied des buis­sons, toujours luisants de cette humidité perpétuelle qui semble être l'état normal de ce coin pourri, les premières petites fleu­rettes blanches du printemps tendent vers le ciel leurs fragiles corolles, à peine visibles encore, mais qui vont s'ouvrir. Elles accompagneront nos prochaines lettres.

Le 26 avril 1915.

La nuit déjà entamée, on nous réveille dans nos couchettes. C'est un ordre de départ.
Un grand remue-ménage dans l'obscurité, on s'en doute.
Et à 2 h 30 du matin, pataugeant en des ornières gorgées d'eau, la colonne s'ébranle. Vers quelle des­tination ? Un repos, espère-t-on, ou bien... par delà ces villages que nous traversons, quelque nouvelle aventure ?

Camille VILAIN,
lauréat de l'Académie française.



Source Document extrait de l'almanach du combattant 1975, pages 25 à 28,
article : Le bois de Mortmare - avril 1915, auteur : Vilain Camille

Merci à Jean-Claude PONCET