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NOUVELLE MISE A JOUR LE 15 avril 2014

lundi 7 novembre 2011

Soupir, 17 avril 1917



Le 17 avril

4h.30
L’ennemi prononce une très forte contre-attaque sur tout le front du Bataillon. Des troupes fraîches y coopèrent, elles appartiennent au 211erégiment de réserve (45e division de réserve)
Nos feux obligent l’assaillant à reculer en laissant des cadavres sur le terrain. La 4e compagnie, malgré de grosses pertes (capitaine Bonnier, blessé, sous-lieutenant Scoliège, tué) résiste énergiquement. Le lieutenant Charles est tué.


11 heures.
Le tir trop court de nos canons oblige toute la droite de la ligne à refluer de quelques pas. Sitôt la crise passée les emplacements sont réoccupés.
Il faudrait, en ces jours d’héroïques combats, citer tous les chasseurs du Bataillon, car tous se sont battus comme des lions, la difficulté de s’emparer de cette position indique suffisamment la bravoure avec laquelle les chasseurs se sont élancés à l’assaut. Néanmoins quelques-uns méritent qu’on cite leurs noms.
Le chasseur Biez, de la C.M.1., voit déboucher une contre-attaque ennemie en arrière de la section ; il s’élance seul sur les assaillants, les attaque à la grenade, en tue 4 et met les autres en fuite.
Le sergent Ethuin, de la 5e compagnie, se précipite sur un groupe de grenadiers ennemis, tue 3 Allemands, dont un officier et fait les autres prisonniers.
Le sergent Delaune, de la 5e compagnie, est blessé ; il prend néanmoins, le commandement d’une section privée de son chef et repousse trois contre-attaques ennemies.
L’adjudant Guillaume, de la 2e compagnie, enlève de haute lutte une mitrailleuse ennemie.
L’adjudant Ricart, de la 3e compagnie, tombe mortellement frappé après avoir été blessé au début de l’action.
Le chasseur Guyon, de la 3e compagnie, est en position prés d’une mitrailleuse ; l’ennemi, au cours d’une contre-attaque, s’avance au devant de la pièce, elle va être prise. Guyon se précipite au devant de l’assaillant, lutte, est blessé, mais la pièce est sauvée.
Le sous-lieutenant Lhuillier a été blessé au début de l’attaque ; le sergent Lang, de la 3e compagnie, a pris le commandement de sa section, il manœuvre adroitement trois îlots de résistance, permettant ainsi à sa compagnie de progresser. Le soir, il repousse une violente contre-attaque ; un de ses chasseurs, Picot (Georges) est grièvement blessé et perd l’œil droit.
Le chasseur Paindevoine, de la 2e compagnie, veut, malgré la violence du feu, transporter un de ses camarades mis hors de combat ; il est à son tour grièvement blessé.
Il faudrait des pages pour citer tous les actes des braves qui se sont distingués, car ils furent nombreux.


17h30
Le Bataillon appuie l’attaque des 27e et 29e Sénégalais sur les carrières de Grinons et l’attaque du 29e B.C.P. sur les carrières souterraines.
Dans une progression à la grenade, la 1re compagnie cherche à déborder par l’est la zone des abris fortement tenue par l’ennemi ; le mouvement est arrêté par des mitrailleuses et barrages de grenades. Le peloton de 37 appuie par son tir le mouvement des Sénégalais.

A 21 heures Une contre-attaque allemande est repoussée comme les précédentes.


Sources :

Historique du 25e BCP Avec l’aimable autorisation de Didier créateur du site ‘Chtimiste


Photos et carte Alain Pereur

jeudi 3 novembre 2011

LA BUTTE DE VAUQUOIS



A L'ASSAUT DE LA BUTTE DE VAUQUOIS
28 FÉVRIER 1915

Voici un récit vécu de la conquête de la fameuse « Butte », de sinistre mémoire, comme les Eparges, pour tous les rescapés des sanglants combats qui s'y déroulèrent avec une telle frénésie que cette croupe célèbre devait, à la suite des éruptions volcaniques des mines et contre-mines, voir son niveau s'affaisser de plusieurs mètres. On hausse les épaules, aujourd'hui, devant cette bêtise sans nom qui faisait, à cette époque-là, encore sonner la charge et jouer La Marseillaise au moment de l'assaut. Mais c'étaient les derniers sursauts d'une vieille pratique militaire qui ne voyait la charge à la baïonnette que comme l'épisode final et magnifique d'une manœuvre de garnison.

Les obus continuent de tomber dans un vacarme assourdissant sur la colline. Les officiers encouragent les hommes de leur mieux.
« On entrera dans Vauquois sans tirer un coup de fusil, disent-ils, et l'arme à la bretelle !... »
On aurait pu croire aisément ces paroles encourageantes. Chacun pensait qu'après un pilonnage semblable on ne retrouverait plus qu'un cahot d'abris et de tranchées sanguinolentes aban­données...
Mais les Allemands, devant ce déluge de fer, se retireront tout bonnement en arrière et feront appel, entre temps, à des renforts.
Après cinq heures de bombardement ininterrompu dont l'intensité n'a jamais été égalée jusqu'à ce jour sur le même objectif et sur aucune partie du front, un clairon s'est mis à sonner la charge

Il y a la goutte à boire, Là-haut !...

C'est le signal. Il est une heure de l'après-midi. Notre artillerie cesse tout à coup pour nous donner le champ libre. Par malheur, la charge a sonné quelques minutes trop tôt, ce qui permet aux éléments allemands encore valides de se ressaisir et de venir réoccuper leurs tranchées.
Le clairon les a avertis. Tant pis ! Les commandements de : «En avant ! » se sont répercutés sur l'ensemble du secteur.
Dans un élan superbe, les soldats gravissent lestement les échelles et montent maintenant sur la pente de la « Butte ».
Les baïonnettes étincellent sous la rafale de feu.
Là-bas, à la ferme de Bertramet, le général Valdant, voyant partir ces guerriers dans un assaut sublime, se tourne vers ses officiers et dit en se découvrant :
« Saluez ! Messieurs ; ce sont des héros qui s'en vont à la mort !... »
Non loin de nous, près de la « gabionnade », les musiciens, sous le comman­dement du sous-chef Laty, entament la Marseillaise.
Ces giboulées de grésil glacial qui faisaient trembler nos pauvres carcasses durant ces cinq heures de bombarde­ment intense, semblent, tout à coup, avoir été balayées par la tempête.,., l'autre... la tempête de feu...
Maintenant que les fantassins des deux camps sont en contact, l'artillerie ennemie donne de la voix et remplace la nôtre. Des obus allemands de tous calibres s'abattent dès lors sur le ver­sant sud de la colline, sur ces hommes qui montent à l'assaut, sur le Chemin Creux où nous nous faisons petits et sur la « gabionnade » pour empêcher nos renforts d'arriver.
Pour intimider le régiment, l'ennemi envoie deux formidables obus de 305 au pied du « Mamelon Blanc », sans faire trop de dégâts.


Le lieutenant attend toujours impa­tiemment l'ordre de se porter à tel point du village. Mais, tout à l'heure, il m'a soufflé : qu'une fois la « Butte » en notre possession, nous irons, avec le 1er bataillon, installer nos mitrailleuses de l'autre côté de la colline dans un petit boqueteau... Brrr ! N'y tenant plus, il s'avance dans le chemin montant pour aller aux renseignements. Mais notre position devient de plus en plus périlleuse. Nous sommes au beau milieu du tir de barrage de l'ennemi.
Se déplacer est pure folie. Il faut se résigner à se laisser massacrer sur place... Nous restons plaqués aux derniers gabions qui prolongent la route jusqu'ici. Nous vivons dans un enfer indescrip­tible. « Ça tombe tout autour de nous et « ça » soulève la terre, les hommes, des poutres de bois et de fer...
Il ne faut plus se faire d'illusion sur notre sort.
J'égaille un peu les mitrailleurs afin d'éviter trop de pertes si un obus arrive sur la section. On ne sait rien de ce qui se passe sur la « Butte » et on n'ose pas la fixer. Si je fais cet effort, j'aperçois de la fumée, des pierres soulevées et une pluie de terre qui retombe alentour.
Le vacarme est assourdissant. Il faudrait se parler à l'oreille pour s'entendre... Et encore !...
Nous serons étonnés d'apprendre, plus tard, que la musique n'a pas cessé de jouer l'hymne national malgré ses pertes. Nous n'entendons plus rien qu'un sourd bourdonnement dans les oreilles à faire éclater la tête.
Mais nous voyons enfin la deuxième vague arriver sur la « Butte », la baïon­nette haute. Les fantassins, debout ou agenouillés, épaulent et tirent. Quelques-­uns tombent à la renverse en battant l'air des mains... Plus près de nous, un bras arraché, venant on ne sait d'où, s'étale sanguinolent sur le Chemin Creux où s'entassent déjà des morts et des moribonds. Les remplaçants de ceux de la veille l...
Et le défilé des blessés commence. Celui-ci est transporté par deux jeunes prisonniers qui viennent de se rendre au lieutenant Michel. Je vois encore ce brave officier, tenant ses deux prises par les oreilles pour les remettre à la garde d'un caporal. Deux autres blessés ramènent un de leurs camarades. Ils ont fort à faire avec cet homme qui hurle et se débat. Ses yeux sont hors de la tête ; ses dents sont serrées sur une racine d'arbre en travers de sa bouche... Il est fou !...


Cet autre, qui dévale la pente en courant, soutient sa mâchoire inférieure qui ne tient plus que par quelques lambeaux de chair. Ce qui fût une bouche n'est plus qu'un trou béant ensanglanté où remue, impuissante, la moitié d'une langue dans un caillot de sang ; un tronçon de langue qui, par des cris rauques, nous fait comprendre qu'elle demande le chemin du poste de secours.
Nous lui indiquons la direction à prendre.
Arrivera-t-il jusqu'en haut de son calvaire ? sur le « Mamelon Blanc », où les médecins doivent être débordés d'ouvrage. Sur le moment j'en doute, et je douterai encore davantage lorsque je le rencontrerai plus tard avec sa mâchoire rafistolée...
A ce moment, les blessés valides qui passent font courir des bruits inquié­tants... On reculerait sur la pente ouest !... Il faut redoubler de vigilance et se tenir prêt à se porter là où la mi­traille » sera nécessaire... Il est quatorze heures. Je cherche en vain le lieutenant qui tarde à revenir.
Et, tout à coup, un cri sur notre gauche : « les Boches nous tournent l... »
En effet ! quelques éléments allemands arrivent jusqu'à la route, près de la Cigalerie, près du dépôt de munitions, et commencent à tirailler sur des soldats du 89e qu'ils ont refoulés jusque-là.
Quel beau tir en enfilade pour une mitrailleuse !...
Je me porte de ce côté avec la 2e pièce. En un clin d’œil la mitrailleuse est placée et pointée dans la bonne direction. Tout mon monde est là ; du moins je le crois... Hélas ! il me manque le principal : les cartouches !... Je hurle, je m'égosille :
« Les pourvoyeurs l... A moi !... »
Ils sont sans doute « planqués » dans un trou et ma voix serait-elle plus forte que le rugissement du lion qu'on ne l'entendrait pas à deux mètres. Je désespère de manquer ce « beau coup » qui se présente si ce doit être le seul de la journée ?...



On croirait que tous les éléments de la terre sont déchaînés autour de nous. Je m'époumone pour rien. Je monte sur une petite éminence pour faire les signaux réglementaires de demande de munitions : les bras tendus horizon­talement. Entre deux explosions, j'en­tends les mitrailleurs, tassés près de la pièce, me crier
« Planque-toi ! Tu vas te faire « mou­cher » !... »
Des éclats d'obus de toutes dimen­sions voltigent en effet dans tous les sens pour venir s'aplatir tout chauds, tout striés, tout tordus, autour de notre position. Ces morceaux de ferraille sifflent et ronronnent épouvantablement dans l'air. Ils nous enlèveraient un bras ou la tête aussi proprement qu'un bou­cher de métier pourrait le faire. Et il faut garder tout son sang-froid dans cette atmosphère infernale...
Tout cela se passe en moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire ; et les Alle­mands, aplatis en tirailleurs, sur la gauche, fusillent des soldats à bout-­portant. Nous pourrions les balayer d'un seul coup et nous restons impuis­sants.
J'aperçois enfin sur la droite, à quelque cinquante mètres, un de mes pour­voyeurs agenouillé près d'un gabion renversé. Que fait-il ainsi prostré ?... Il ne m'entend pas et ne nous voit pas. Je m'élance vers lui pour le ramener avec ses munitions. En arrivant à sa hauteur, ma voix, qui s'apprêtait à l'apostropher de belle façon, s'arrête dans ma gorge. Un spectacle affreux et poignant me cloue sur place. Près du gabion aplati qui laisse échapper ses entrailles de pierres et de cailloux entre les croisillons de ses fascines arrachées, un homme, approchant la quarantaine, est allongé la face vers le ciel. Tel son fragile rempart, le soldat a le ventre ouvert. Il fait un effort surhumain pour éloigner la mort de quelques instants.


Mon pourvoyeur a levé la tête mais il ne pense plus à son emploi de ravi­tailleur. Il me fait comprendre que le moribond est natif du même village que lui. Les yeux du blessé laissent deviner qu'il m'implore d'autorisée son camarade à rester à ses côtés jusqu'à l'instant suprême.
Mon pourvoyeur retient ses larmes et console son ami comme il peut : - Ce ne sera rien !. Tu seras bien soigné !... lui dit-il. Mais le blessé comprend sa situation. Il voudrait faire des recommandations mais ses forces le trahissent. D'une main il soutient un paquet informe, rouge et noir ; les intestins, sans doute, qui tentent de s'échapper de la large plaie qui s'ouvre à chaque respiration accélérée par la fin proche. De l'autre il tire péniblement d'une poche de sa capote, une photo de femme qu'il essaie encore de porter à ses lèvres, puis sa montre :
- Tu lui diras où je suis tombé !!... Ma femme !... Tu lui rapporteras ma montre...
J'ai saisi les deux caisses de cartouches et j'ai laissé le mitrailleur fermer les yeux de son camarade...
Toute cette scène poignante s'était déroulée dans l'espace de quelques minutes. Quand je fus de retour près de ma pièce avec mes munitions, il était trop tard ; les vaillants soldats du 890 s'étaient ressaisis et avaient refoulé l'ennemi.

Henry-Jacques HARDOUIN.
(Tiré du livre de l'auteur : « Avec les « Bleus » du Premier Grenadier de France.)

Source Document extrait de l'almanach du combattant 1939, pages 305 à 308,
Article : A l'assaut de la butte de Vauquois 26 février 1915, auteur : Hardouin Henry-Jacques

Des photos sur Vauquois


Merci à Jean-Claude PONCET

lundi 31 octobre 2011

LE BOIS DE MORTMARE

AVRIL 1915
LE BOIS DE MORTMARE

Infatigable dans sa fidélité à conter ses souvenirs d'artilleur de 75, notre ami Camille Vilain évoque ce printemps d'avril 1915, au lieudit le bois de Mortmare, au nom funèbre, qui fut parfois célébré dans les communiqués et où, malgré l'envahissement de l'eau, des hommes souffrent de la soif. On s'y affronte durement. On y consomme des masses d'obus de tous calibres. Un mauvais coin où, des deux côtés, les morts s'accumulent.

LE Bois de Mortmare, bien que ce nom ait maintes fois figuré dans les communiqués du 1er au 25 avril 1915, occupe dans nos souvenirs une bien petite place et, pour qui a vécu par la suite Verdun, la Somme ou les attaques de Cham­pagne, cela s'explique facilement. Les opérations qui s'y déroulèrent forment cependant un des épisodes les plus sanglants de ce premier printemps de la guerre et ont, en outre, cette particularité d'avoir inauguré pour l'artillerie une nou­velle méthode de tir : le bombar­dement de choc, si je puis dire. On avait compris, à l'exemple de nos ennemis, qu'il fallait écraser avant d'attaquer et l'on employa pour cela tout ce que nous avions de bouches à feu.
On pardonnera à un artilleur, jeté dans la mêlée, d'évoquer ce que furent les trois semaines qu'il passa dans un véritable marécage, avant que nos assauts répétés nous eussent donné la précieuse crête que nous voulions.
Le Bois de Mortmare (au sud-­est du département de la Meuse) couronne une petite éminence qui, par la vue qu'elle offre à son som­met, est de première importance pour les opérations à venir. Or, les Allemands, avant nous, s'en sont emparés et nous voulons les en déloger.
C'est un trajet en chemin de fer (wagons à bestiaux) qui, de la région de Verdun, nous conduit par Sainte-Menehould et Bar-le-Duc à Vaucouleurs.
Quelques heures dans cette petite ville aux cafés accueillants et aux magasins de toute sorte et nous entamons une interminable et épuisante étape qui, passé Pagny-­sur-Meuse, nous amène, la nuit tombée, dans le secteur du Bois de Mortmare.
Comme s'il en avait été prévenu, l'ennemi salue notre arrivée par une série de rafales qui, par bon­heur, à part quelques égratignures au matériel, ne causent pas de dégâts notables.
Nous sommes, en pleine obscu­rité, dans un terrain spongieux et gluant que nous explorons à grand-peine. Toute la nuit nous travaillons pour établir nos pièces et tenter de rendre habitable une sorte d'abri ; je dirais plutôt un trou aux abords écroulés, où il y a déjà vingt centimètres d'eau.
Sur cette position, l'humidité sera d'ailleurs, de nuit et de jour, notre constant souci. Elle est par­tout et fait corps, en quelque sorte, avec l'air que nous respirons. En dehors même d'averses torren­tielles, le sol est gorgé d'eau et, sur les rares buissons, les gouttes se reforment au gré d'une bruine indiscernable qui humidifie la peau et trempe les vêtements. Il semble que l'on évolue dans une masse liquide qui n'est pas un brouillard et cependant traverse gilets et vareuses, se glisse dans les manches, dans les poches, ce qui à la longue est extrêmement pénible.
Devant nous, un petit bois, fort éprouvé par la mitraille, où des équipements français et allemands, entre des arbres déchiquetés et suintants, témoignent que l'on s'y est durement battu ; chaque trou est une mare et chaque ornière, une rigole.
Comme nous ne pouvons, mal­gré nos efforts, assécher la cabane qui nous est attribuée - l'eau revenant au fur et à mesure que nous la vidons - nous en sommes réduits à installer au-dessus de la nappe liquide des couchettes surpilotis, réalisées avec des pieux et des fils de fer croisés et que nous atteindrons à l'aide d'un escabeau de fortune.
Par contre, l'eau potable manque totalement. C'est un fourgon qui, assez irrégulièrement, nous en apporte une petite quantité et nous souffrons de la soif. Très tôt, nous prenons la faction, aux fusées qui, sous le ciel sombre, se succèdent à la moindre alerte.


Dimanche 4 avril 1915.

De bien tristes fêtes de Pâques. Il pleut, et, entre deux tirs, nous restons enlisés dans nos trous.
Nous avons, par ailleurs, et sitôt notre arrivée, aménagé dans les proches tranchées des obser­vatoires avancés. Ils offrent à leur occupant une vue fort intéressante des objectifs, mais le séjour n'y est pas sans danger.
Hier soir, c'est le lieutenant Kammerer, un fort brave et très sympathique officier, aimé de tous, qui s'y est fait tuer et cette perte nous affecte beaucoup.

Lundi 5 avril 1915.

Grande attaque française sur le Bois de Mortmare. Nos rafales se succèdent à cadence accélérée. Le ciel est en feu. Nous recevons l'ordre de tirer 150 coups de suite par pièce, ce qui n'était encore jamais arrivé.
C'est là un exemple de ces « tirs massifs » dont je parlais ci-dessus.
Pour donner une idée de leur densité, il faut se rappeler que si le « 75 » n'est pas un canon lourd, il est essentiellement un canon à tir rapide, je dirai même à tir très rapide.
Dans les exercices de célérité de nos écoles à feu du Camp de Mailly (mai 1914), une équipe entraînée arrivait à tirer 22 à 23 coups à la minute d'une même pièce.
Si l'on tient compte des difficul­tés rencontrées sur un terrain moins propice au tir, la cadence sera évidemment ralentie, mais restera tout de même, s'il le faut, à 17-18 coups minute.
Nous avons ainsi 180 coups en dix minutes pour une pièce, 720 coups pendant le même temps pour une batterie de quatre pièces et 2160 coups, si le groupe de trois batteries est en place.
Que l'on imagine maintenant ce que peut être un secteur d'at­taque soudainement arrosé pen­dant dix minutes de 2160 obus explosifs (les plus efficaces). Je pense qu'il y aurait là, l'effet de surprise s'ajoutant aux destruc­tions, une sérieuse préparation pour l'assaut.
Pour ne rien oublier, j'ajoute que ce même jour, pour accroître encore notre puissance de feu, une section d'anciens canons de 90,avec ses spécialistes, est venue se joindre à nous et les vétérans qui la servent ne boudent pas à la besogne.
A 11 h 30, une nouvelle attaque des nôtres est déclenchée et ce sont, à doses massives, de nouveaux tirs.
A 17 h 30, c'est le départ d'une troisième attaque française quicomplète notre victorieuse avance du matin. Les pertes allemandes sont - nous dit-on -considé­rables.
Un agent de liaison a même ce mot pour nous : « Un nettoyage comme je n'en ai jamais vu, dit-il. Une contre-attaque allemande est anéantie, à son départ, sur ses propres tranchées. »
Bien entendu, notre action n'est pas sans réponse allemande.
Nous sommes sous un feu continu et assez dense sur les divers objectifs de la position. Par bonheur, de nom­breux projectiles, surtout les très gros, s'enfoncent dans le sol détrempé sans éclater ; d'autressoulèvent d'énormes boursouflures de terre.

Mardi 6, mercredi 7 avril.

Nouvelles attaques successives. Des centaines et des centaines d'obus tirés. De jour comme de nuit, le ravitaillement en projec­tiles fonctionne, non sans danger. Les chevaux, plus vulnérables, ont payé un lourdtribut, mais les munitions n'ont pas manqué, mal­gré le rythme infernal auquel nous les consommons.
Ce sont maintenant des contre-­attaques allemandes qui se dé­clenchent de face et par la plaine où la lutte est sanglante. Nous assurons tous les « barrages ».
Notre vie matérielle ne s'est pas améliorée. Il n'y a pas de cuisine possible ; nous mangeons ce que nous pouvons, quand nous le pouvons, lorsqu'un fourgon de ravitaillement peut nous joindre, et les soins de propreté sont quasi réduits à zéro.

Jeudi 8, vendredi 9, samedi 10 avril.

Les jours suivants sont plus calmes : nous tenons enfin cette crête du Bois de Mortmare, point important qu'il s'agit de garder.

Lundi 12, mardi 13 avril.

Un peu de soleil s'est décidé à luire et de nombreux avions sont apparus. Les Allemands viennent voir où ils en sont, mais leurs appareils essuient, sans grand résultat, les fusillades nourries de nos fantassins.
Au cours d'une reconnaissance vers nos lignes avancées, nous sommes pris sous une salve très précise d'obus. L'un des projectiles a atteint le coin retiré que nous appelons poétiquement « les feuillées », couvrant d'immondices notre aspirant qui s'en sort sans mal.

Lundi 12, mardi 13 avril.

Nos tirs, toujours nourris, visent maintenant les points névralgiques indiqués par nos fantassins et nous surveillons attentivement nos pièces, dont les tubes commencent à se ressentir du surmenage intense que nous leur avons imposé. A notre batterie (7e), après si rude épreuve, deux seulement restent en état de tirer, sans risque trop immédiat d'éclater.
C'est d'ailleurs l'accident qui vient d'arriver (pour la seconde fois en huit jours) au 34e d'artillerie, non loin de nous, l'une des pièces ayant littéralement explosé avec un obus dans le tube, faisant plu­sieurs blessés, tous très grièvement atteints.

Samedi 24 avril.

Ce matin, un miracle ! Sur cette position de boue gluante où nous vivons, voici qu'au pied des buis­sons, toujours luisants de cette humidité perpétuelle qui semble être l'état normal de ce coin pourri, les premières petites fleu­rettes blanches du printemps tendent vers le ciel leurs fragiles corolles, à peine visibles encore, mais qui vont s'ouvrir. Elles accompagneront nos prochaines lettres.

Le 26 avril 1915.

La nuit déjà entamée, on nous réveille dans nos couchettes. C'est un ordre de départ.
Un grand remue-ménage dans l'obscurité, on s'en doute.
Et à 2 h 30 du matin, pataugeant en des ornières gorgées d'eau, la colonne s'ébranle. Vers quelle des­tination ? Un repos, espère-t-on, ou bien... par delà ces villages que nous traversons, quelque nouvelle aventure ?

Camille VILAIN,
lauréat de l'Académie française.



Source Document extrait de l'almanach du combattant 1975, pages 25 à 28,
article : Le bois de Mortmare - avril 1915, auteur : Vilain Camille

Merci à Jean-Claude PONCET

mercredi 26 octobre 2011

Rapport du Lt-Colonel Tabouis au HWK


Camp Barrié 17 mars 1915
(22 heures)

66e Division
__________
1ere Brigade de Chasseurs

Le Lt.Colonel TABOUIS au Général Commandant la 66e Division

J’ai l’honneur de vous adresser les rapports des Commandants des de Chasseurs.
Il en résulte que :

Le 13eme Bataillon réalisa sur une partie de son front, une avance de 20 à 40 mètres où il s’organise à quelques mètres de l’ennemi (ennemi très endommagé, mitrailleuse détruite)
Le 7eme Bataillon réalisa un faible progrès.

Le 13eme Bataillon fut arrêté dans son succès par un ennemi non réduit et non démoralisé qui, sortant d’abris inconnus, reçut à coup d’explosifs les éléments d’attaque.
Les 7eme et 13eme Bataillons, malgré les minutieux travaux d’orientation préparatoires, se sont gênés mutuellement dans ce terrain où on ne se voit pas.

Les 620 projectiles de gros calibre et les 800 de petits calibres ne paraissent pas avoir été encore suffisants, malgré l’impression qu’on en eut, pour amener la destruction de l’organisation et du moral de l’ennemi sur le front de l’attaque.

Le 13eme Bataillon a fait des pertes correspondant à son effort. Son moral est bon, sa fatigue est très grande.

Les officiers et les chasseurs ne dorment pas depuis plus d’une semaine en raison des tirs incessants de jour et de nuit et des très grosses mines qui depuis quelques jours les accablent ; (le mortier de 210 de la cote 742). ( ?)

Dans ces conditions j’estime que le 13eme Bataillon ne pourra continuer l’effort qu’il soutient depuis 12 jours. Je pense le faire relever par le 27eme bataillon dont le secteur est un peu moins agité. Mais cette relève ne peut se faire que méthodiquement et demandera plusieurs jours :

1°/ parce ce que je ne veux pas que le 13eme s’en aille après un succès incomplet
2°/ parce ce que je méfie que le 27eme ne résiste pas à l’entrée brutale dans le grand bain !

Pendant ce temps je vais avec le Commandant Verguin, étudier les conditions de la continuation de l’avance.

Il n'y a pas eu de grosses contre attaques. Ce soir l’ennemi est calme. La riposte d’artillerie ne fut pas considérable.

Seul le 13eme Bataillon, pilote de son secteur, pouvait exploiter son premier succès. Or il ne le pouvait pas, matériellement. Il faut que je reforme un nouveau Bataillon dans ce secteur.

Dès ce soir nous travaillons dans ce sens.

TABOUIS
Source: SHD cote 24 N 1632

mardi 25 octobre 2011

Masques à gaz


20 décembre 1915
VII Armée
…..-----…..
66e Division
…..-----…..
81e Brigade

Le Colonel commandant la 81e Brigade
Au Lieutenant-Colonel commandant
le 23e Régiment d’Infanterie

Je mets à votre disposition cinq cents masques spéciaux dits ‘Zambuter’ (?), contre les gaz asphyxiants.

Veuillez en assurer la répartition au bataillon, dont deux compagnies vont être mises en première ligne.

Ces masques sont destinés spécialement aux officiers, mitrailleurs, téléphonistes et agents de liaison, qui devront en être dotés les premiers.

Le Colonel (illisible) commandant la 81e Brigade
P.O. le Capitaine de l’Etat-Major
(illisible)

Source Service Historique des Armées Cote 26 N 598

jeudi 20 octobre 2011

Chiens de Guerre


Cabinet
du Ministre
.....---.....
Service
Chiens de Guerre


Le Président du Conseil Ministre de la Guerre
à Monsieur le Général commandant en Chef les Armées
du Nord et du Nord-Est
E.M. 1er Bureau


Il m’est signalé que la chienne ‘MISS’, livrée par le chenil militaire agréé B2 à la 8e Armée, le 20 Avril 1917, actuellement au chenil de Secteur de Moulins (Secteur postal 56), n’a jamais été utilisée pour le Service. Le Sergent Latrichesse qui dirige ce chenil a fait couvrir la chienne ‘MISS’ qui a, actuellement, deux jeunes chiens.

Je vous prie de bien vouloir prendre à l’encontre du Sergent Latrichesse les sanctions nécessaires, et donner des ordres pour que la chienne ‘MISS’ et ses deux chiots soient dirigés sur le chenil B2 à Bourg-la-Reine.


Pour le Président du Conseil, Ministre de la Guerre,
et par son ordre,
Le Lt-colonel, Sous-Chef du Cabinet,

Illisible


MINUTE 19 NOV 1918



Source Service Historique des Armées Cote 16 N 261

lundi 17 octobre 2011

Ypres


La porte de Menin

Conçue par Sir Reginald Blomfield
Inaugurée par le Feld-Maréchal Plumer le 27 juillet 1927

Cette porte en forme d’arc de triomphe a été érigée en souvenir des 54896 militaires de Grande-Bretagne et du Commonwealth tombés dans le Saillant d’Ypres entre 1914 et le 15 août 1917 et dont les corps n’ont jamais pu être retrouvés ni identifiés.


Les noms de 34.984 autres soldats sans sépulture, tombés dans le secteur entre le 16 août 1917 et la fin de la guerre, sont eux mentionnés sur les plaques du mémorial Tyne Cot situé dans le cimetière militaire du même nom, à proximité du village de Passendale.

Au pied du mémorial , chaque soir à 20 heures, des clairons jouent le Last Post qui est une sonnerie aux morts en usage dans les armées du Commonwealth.


Situé à la sortie orientale de la ville d'Ypres (Meensestraat), elle marque le point de départ d’une des principales routes menant les soldats alliés au front.

Plus de photos sur Ypres


Source Plaque apposée sur le monument


jeudi 13 octobre 2011

Le 212e R. I. à Verdun


RÉGION DU FORT DE SOUVILLE

Du 28 au 30 août 1916, le 212e reprend pour la troisième fois les lignes devant VERDUN. Il occupe la région du Fort de SOUVILLE. Le 2 septembre, à partir de 5 heures et pendant toute la journée les Allemands procèdent à un violent tir de destruction sur toute la position depuis SOUVILLE jusqu'aux premières lignes.


Le tir atteint une intensité d'une violence inouïe ; toutes les communications sont coupées, aucune liaison, même par coureur, ne peut être établie et tout fait présumer une attaque pour la fin de l'après-midi. Elle ne se produit pas. Seules paraissent quelques patrouilles qui viennent en avant de nos lignes et cherchent à s'approcher de la position, mais sont facilement repoussées

Le 6e Bataillon, particulièrement exposé, a été très éprouvé et son ravitaillement en vivres et munitions est des plus difficiles.

La nuit se passe sans incident, mais le 3 au petit jour le bombardement recommence plus formidable encore que la veille. C'est le pilonnage de la position depuis SOUVILLE jusqu'au Zouave PÉNIT et en général sur tout le secteur de VAUX-CHAPITRE. Les nuages de terre et de fumée sont tellement opaques qu'il est impossible de rien distinguer à quelques pas.

A 5 heures 45 la violence du bombardement s'accroît encore ; les obus de 210 (119 kilos), arrivent par rafales, les Tranchées sont nivelées, les abris s'effondrent; plusieurs mitrailleuses sont ensevelies sous les décombres.

Casemate Pamart implantée sur les pente du fort de Souville (2008)
(installée en 1917)

A 6 heures 30, les Allemands sortent de leurs Tranchées sur tout le front du 6e Bataillon et un magnifique combat commence. Nos mitrailleurs, quoique bien diminués, tirent sans arrêt. Nos Grenadiers une fois de plus sont superbes.

La lutte est intense et tous, malgré de lourdes pertes, font preuve d'une tenue admirable.

Le Capitaine DUPOUY, le Lieutenant VOGEL, le Capitaine NOGUÈS donnent bravement l'exemple, lançant eux-mêmes des grenades et des obus V. B.

Le Capitaine NOGUÈS est tué. Ce brave fils de la BIGORRE, parti comme Sergent à la mobilisation, avait par son courage magnifique conquis ses galons en moins de deux ans.

Vers 7 heures, les Allemands arrêtés de front, prononcent un mouvement tournant très nettement marqué dans l'axe du Ravin des FONTAINES et, débordant notre aile droite, prennent à revers la 21eCompagnie. Là, se livrent de furieux corps à corps. Les 1ère et 2e Sections défendent désespérément l'entrée du Ravin des FONTAINES. Les cartouches vont manquer, les grenades sont épuisées, toutes les mitrailleuses sont hors de service.

Aucun secours n'est possible. Les braves gens de la 21e s'accrochent à leurs emplacements et sont décimés par l'Artillerie allemande.

Le Capitaine FABRE Commandant le 6e Bataillon est blessé, le Capitaine DUPOUY le remplace.

A 8 heures, les Allemands s'avançant par le ravin des FONTAINES cernent le poste du commandement du Régiment.

Très bravement, le Chef de Bataillon POUECH qui commande le 212e, les Officiers et Soldats de l'État-major du Régiment, prennent mitrailleuses et fusils et arrêtent net l'Infanterie ennemie qui pendant le reste du jour va rester clouée au sol devant cette poignée de tireurs d'élite.

A 9 heures, notre commandement qui a décidé une contre-attaque sur la Tranchée de BAVIÈRE fait commencer le tir de préparation par notre Artillerie. Ce tir atteint son maximum d'intensité à 13 heures, et ses effets moraux sont tellement grands qu'avant que nous avions exécuté le moindre mouvement en avanr, 150 Allemands lèvent les bras et viennent se rendre à notre 4e Bataillon.

C'est ce Bataillon qui est chargé de la contre-attaque. Elle est menée avec un entrain endiablé. Le 4e Bataillon atteint son objectif et s'installe 100 mètres au delà.

Le Capitaine LAROUMET Commandant la 14e Compagnie est tué, le Commandant LUGAND est blessé à la tête, le Capitaine HUET est blessé également. Le Lieutenant GRATEAU prend le commandement du Bataillon, qui organise la position conquise sous le bombardement d'une violence inouïe.

L’intérieur du fort (2008)

Le Régiment est relevé le 5 septembre. La grande tragédie de VERDUN est achevée pour lui. Appelé à y prendre part dès le début, il y aura rempli pendant 6 mois, un rôle brillant aux pieds des Côtes de MEUSE, à AVOCOURT et enfin dans le secteur de SOUVILLE-VAUX-CHAPITRE. Les derniers auront été les plus durs, mais aussi les plus glorieux.

Le 4e Bataillon est cité à l'Ordre de l'Armée. Le 6e Bataillon s'est sacrifié presque jusqu'au dernier homme. Dans les trois Bataillons et la C. H. R. les actes de courage individuels sont si nombreux qu'un volume ne suffirait pas à les relater.

Le 212e a subi des pertes lourdes, très lourdes, mais il a ajouté une page magnifique au Livre d'Or de la sublime épopée.


Plus de photos sur Verdun

Source Historique du 212e RI

Avec l’aimable autorisation de Jean-Luc Dron.

lundi 10 octobre 2011

Lons-Le-Saunier (Jura)


Oeuvre de l'architecte BIDOT
Inauguré le 12 novembre 1922

Sur le fronton

LA MARNE L’YSER LA SOMME L’AISNE AUX HEROS L’ALSACE VERDUN CHAMPAGNE L’ORIENT


Il est érigé en demi-cercle autour d'un bassin central transformé en terre plein central et comporte 366 noms de Lédoniens décédés durant la Grande Guerre.


Le monument est implanté sur la place de la Chevalerie

Deux ailes furent ajoutées par la suite

Aux victimes civiles et aux déportés de la seconde guerre

Aux militaires morts pour la France au cours d’opérations extérieures


Source : Jacqueline Bérard, Mairie de Lons-Le-Saunier

dimanche 9 octobre 2011

Le souvenir, c’est quoi ?


Pour faire mes sujets sur les monuments aux Morts dans la rubrique ‘Le souvenir à travers les pierres’, je demande aux mairies ou offices du tourisme quelques renseignements

Bonjour,
Je suis à la recherche de renseignements concernant le monument aux morts de 1914-1918 de votre commune.
Auriez-vous :
Le ou les noms du sculpteur, du maître d’œuvre
La date d’inauguration
La symbolique de l’œuvre
Le lieu d’implantation
Toute information supplémentaire serait la bienvenue
Je vous remercie d’avance pour votre réponse.

Les résultats

30 envois sans accusés de réception (8 réponses)
25 envois lus (9 réponses)

17 réponses sur 55 demandes depuis juin !

Je vous laisse juge de l’intérêt porté par certaines municipalités ou OT à ce genre de requête

vendredi 7 octobre 2011

Le 56e Régiment d'Infanterie Coloniale en Orient


DÉBARQUEMENT de KOUM-KALE.
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C'est à Koum-Kale sur la côte d'Asie que le 6e Mixte va recevoir le baptême du feu et pour ses débuts accomplir un des plus brillants exploits dont l'armée d'Orient aura à s'enorgueillir.
Pendant le mois de répit qu'il a fallu laisser aux Turcs ceux-ci, sous la direction d'officiers allemands, ont transformé la presqu'ile de Gallipoli en un formidable camp retranché ; ils savent que les Dardanelles prises, Constantinople est à jamais perdue pour eux, Constantinople leur orgueil, leur joyau, cent fois plus sainte et plus chère au cœur d'un Turc que les villes trois fois saintes de Damas et Bagdad.
Le général Jan HAMILTON, commandant le corps expéditionnaire, prend deux mesures hardies avec cet esprit de décision anglais qui sait se dépenser lorsqu'il faut ; pour abriter ses troupes de débarquement, il jette à la plage de Seddul-Bar un de ses bateaux, le River-Clyde ; contre le corps d'armée turc de Koum-Kale (côte d'Asie) qui menace de prendre à revers, sous le feu de son artillerie, les troupes au moment de leur atterrissage, il lance un régiment français.
C'est au 6e Mixte Colonial qu'est confiée cette mission de sacrifice et d'honneur. Embarqué le 16 avril à Alexandrie, il a fait escale à l'Ile de Skiros puis à Mondros. Le 25 avril à l'aube, les 3 navires qui le transportent : la « Savoie », le « Vinh-Long » et le « Carthage » sont ancrés le long de la rive d'Asie. Aux yeux émerveillés de ceux qui vont mourir se déroule le théâtre où, trente siècles auparavant les héros d'Homère luttaient (Plaine de Troie) Mont Ida, Tombeau d'Achille.
... Soudain dans toute leur armature, les transports tremblent, un cuirassé anglais vient d'ouvrir le feu donnant le signal du bombardement des côtes d'Europe et d'Asie.
Spectacle sans précédent et dont ne peuvent donner idée ni un combat naval ni un combat terrestre. Les objectifs ennemis, forteresses, villages, tranchées, batteries se présentent en amphithéâtre et à distance réduite sous le tir des pièces de marine de gros calibre ; en moins d'une heure tout ce qui peut être atteint par le tir direct est bouleversé. A mesure que le soleil se lève, les batteries de Koum-Kale et d'Oranieh apparaissent démontées, d'énormes canons de côte dressent vers le ciel des gueules tordues ou brisées.

Le fort de Sed-ul-Bahr

Le signal du débarquement est donné à 8 heures 30, chacun a été prévenu de la grandeur et de la difficulté de la mission reçue ; le moral est parfait, notamment celui des Sénégalais que des émissaires à Alexandrie ont vainement tenté de troubler dans leur foi Musulmane en leur annonçant la proclamation de la Guerre Sainte.
L'ordre reçu est de s'emparer du village, de la forteresse et du cimetière de Koum-Kale, de s'étendre vers le Sud jusqu'à Orianieh et de tenir pendant trois jours coûte que coûte.....
Le bataillon NIBAUDEAU débarque le premier en deux échelons.
Plusieurs embarcations sont atteintes et coulées par des obus turcs ; l'atterrissage sous le feu de mousqueterie et de mitrailleuses fait éprouver aux deux premières compagnies (BRISON et de QUÉRAL) des pertes sérieuses, mais entraînés par leurs capitaines, les tirailleurs n'attendent pas que les embarcations accostent au rivage ils se précipitent à la nage et atteignent l'angle mort de la forteresse dont ils escaladent les tertres : le capitaine BRISON blessé a dû enlever sa tunique et c'est en manches de chemise, tête nue, qu'il arrive le premier en haut du rempart.
Les Turcs devant la furia des troupes noires lâchent pied et ne se ressaisissent que dans les rues du village. A 10 h.30, forteresse et village sont fermement entre nos mains.
Jusqu'à ce moment l'avantage a été pour nous grâce à l'appui de l'escadre ; mais les pièces de marine ont une trajectoire trop tendue et les moindres replis de terrain sont à l'abri de leur tir, et désormais le 6 e Mixte renforcé d'une batterie de 75 et d'une compagnie du génie va se trouver seul aux prises avec des forces démesurément supérieures.

Poste de guetteurs

Les tentatives faites pendant le reste de la journée pour s'emparer du cimetière ou pour s'étendre vers le Sud sont vaines ; à chaque essai d'infiltration l'ennemi, retranché à faible distance, fauche impitoyablement tout ce qui se montre. A l'approche de la nuit, il faut renoncer à gagner du terrain et se retrancher hâtivement sur les positions conquises.
Les dispositions de défense ne sont pas terminées que les Turcs prononcent à leur tour une attaque très mordante ; elle échoue ; ils reviennent à la charge ; vagues après vagues ils vont se ruer toute la nuit contre nos fragiles défenses. Vers 21 heures une section blanche est obligée de céder, le front risque d'être enfoncé lorsqu'un capitaine du bataillon NIBAUDEAU dont la compagnie est en réserve et qui passe avec ses agents de liaison pour étudier le terrain arrête le mouvement de recul, aidé de ses quelques noirs qui répètent dans un français comique mais sublime d'expression : « qu'est-ce que c'est que ça ! qu'est-ce que c'est que ça ! »
Le recul est à peine enrayé sur ce point que des clameurs s'élèvent plus à gauche ; cette fois c'est une section sénégalaise qui a dû céder sous la ruée ; il faut engager les réserves, d'abord par sections, ensuite par compagnies. A 2 heures 30 il n'y a plus de réserves toutes les unités sont en ligne, une pièce de 75 mm placée en première ligne tire à mitraille sans arrêt. Chaque échec de l'ennemi est suivi d'un retour offensif en masses plus denses.
Le matin au petit jour, l'ennemi découragé renonce à nous rejeter à la mer. Un million cent mille cartouches ont été brûlées. Le soleil se lève sur un spectacle d'une horreur tragique ; sur une profondeur de 400 mètres la plaine est jonchée de cadavres turcs ; dans les réseaux de fil de fer « Brun » posés précipitamment la veille au soir, il y en a d'entassés les uns sur les autres.
Plus un bruit sur le théâtre de la lutte, plus un mouvement, pas même une plainte, il semble que la clarté du jour ait figé l'inoubliable scène pour révéler aux soldats du 6e Mixte ce qu'ils ont accompli, ce qu'ils ont été dans cette nuit du 25 avril 1915.
Il s'en faut cependant que la plaine ne soit jonchée que de cadavres : beaucoup de fractions turques surprise par l'aube se sont terrées comme elles ont pu, principalement entre le cimetière et KoumKale.
Vers 7 heures, au moment où arrive l'ordre de s'emparer à tout prix du cimetière, apparaît dans une tranchée ennemie, distante à peine de 30 mètres, un drapeau blanc, qu'on agite avec persistance...
Ruse de guerre. Turcs francophiles ou chrétiens d'Orient que cette lutte écœure et révolte..... des instructions recommandent de tenir compte des dispositions de nos adversaires à notre égard pour effectuer des soumissions.
Un capitaine de Sénégalais se trouve là par hasard, il fait cesser une fusillade désordonnée que l'apparition du drapeau blanc a provoquée dans un élément de tranchée avancée occupée par des soldats européens.

Dans la tranchée

Les Turcs sortent de leur tranchée les bras levés, quelques coups de feu les y font rentrer précipitamment. Le drapeau blanc continue à s'agiter mais malgré la cessation du feu les Turcs n'osent plus sortir. Le capitaine se porte alors entre les deux lignes. Les soldats turcs au nombre d'une vingtaine accourent à lui, demandent « Français ? ». Ils lui embrassent les mains, des larmes lui viennent aux yeux ; en même temps d'une seconde et d'une troisième tranchée en arrière d'autres Turcs très nombreux, la plupart sans armes, accourent en désordre.
Pour mettre à profit cette situation inattendue, il n'y a pas une minute à perdre : bondir dans la tranchée que viennent d'abandonner les Turcs, faire un premier barrage rapide pour ne laisser passer que des Turcs désarmés. Le capitaine appelle à lui les soldats qu'il vient de quitter, quelques uns le suivent. Il n'a d'abord devant et autour de lui qu'une masse affolée ; il désarme un grand nombre de Turcs, retient les fanatiques qui discutent et veulent reprendre le combat.
Malheureusement le renfort qu'il demande par un agent de liaison n'arrive pas, c'est qu'à 200 mètres à gauche la situation s'est gâtée.
Des Turcs armés, abusant du drapeau blanc, ont réussi à pénétrer dans nos lignes et à se retrancher dans quelques maisons. La situation devient sérieuse, elle est rétablie par l'intervention personnelle du général d'AMADE qui vient de débarquer, ordonne de reprendre le feu, de dégager nos lignes coûte que coûte et de s'emparer du cimetière. Sa présence exalte européens et indigènes, les Turcs embusqués dans les maisons du village sont exterminés après avoir vendu chèrement leur vie ; notre ligne rétablie, les tranchées du cimetière sont enlevées (à 14 heures) par une brillante attaque des Sénégalais. Les Turcs agitent à nouveau le drapeau blanc, cette fois 600 nouveaux prisonniers qui se présentent sans armes sont reçus dans nos lignes.
Dans la soirée le régiment reçoit l'ordre de réembarquer, sa mission étant terminée. Il rembarque sans être inquiété des Turcs trop déprimés par la foudroyante attaque de cette poignée de Français qui, en quarante-huit heures, officiers et gradés toujours en tête ou en première ligne, opèrent un débarquement de vive force, leur capturent la valeur d'un bataillon et leur fait des victimes par milliers. Leurs blessés relevés, les Turcs laisseront 2000 cadavres sur le terrain.

Source Historique du 56e RIC
Avec l’aimable autorisation de Jean-Luc Dron.
La Guerre Documentée

mercredi 5 octobre 2011

Le 14e BCA en 1915


En janvier 1915, le 14ème est envoyé dans les VOSGES. Il passe l'hiver dans le secteur Tête de FAUX, Col du BONHOMME. Toute grande opération de guerre est impossible dans cette région pendant les longs mois de froid rigoureux où la neige tombe en grande abondance et rend très difficiles les communications.
Il faut donc s'organiser et créer des systèmes défensifs pour parer aux surprises. Après avoir été des combattants d'élite, les Chasseurs deviennent des travailleurs acharnés. Dans les conditions les plus ingrates, des Tranchées et des abris sont créés, des défenses accessoires établies. Et chaque nuit des patrouilles sortent des lignes pour éventer les projets de l’ennemi. Celle où se distinguèrent les Chasseurs PETITJEAN et TANTOT est restée célèbre au 14ème.
Défense allemande au sommet de la Tête des Faux

Un détachement de quelques hommes s'était glissé dans la nuit à une vingtaine de mètres de la Tranchée ennemie. Soudain un bruit de branche cassée la trahit. Une sentinelle tire. PETITJEAN a la tête traversée, TANTOT est touche aux deux cuisses. Si un cri s'échappe de leurs lèvres, toute la patrouille est perdue. Mais ces braves se sont rendu compte du danger et on petit les rapporter dans nos lignes sans qu'une seule plainte ait renseigné l'ennemi.

Au mois de février une attaque est prononcée par les Allemands dans la vallée de la FECHT. Les 1ère et 6ème Compagnies du Bataillon y sont appelées. Trois Sections de ces Compagnies, enfermées dans le château de STOSSWIHR y résistent jusqu'à leurs dernières cartouches, arrêtent autour d'elles un Régiment allemand et permettent à nos Troupes de s'établir solidement sur la ligne ECK - AMPFERSBACH que l'ennemi ne peut entamer. La 6ème Compagnie est citée à l'Ordre de l'Armée, 1ère Compagnie, à l'Ordre de la 47ème Division.

Première ligne française au Linge

Au mois de juillet 1915, le 14ème Bataillon participe à l'attaque du LINGEKOPF. Il faudrait écrire un gros livre pour dire tous les actes d'héroïsme qui s'accomplirent dans ces journées. Les gains de terrain ne furent peut-être pas très considérables, mais ils furent obtenus dans des conditions telles qu'on peut hardiment affirmer que jamais, sur aucun autre point du front, une Troupe n'a pu faire preuve de plus d'énergie, de volonté de vaincre qu'en montrèrent les Chasseurs pendant cette offensive.
Le 20 juillet, le 14ème réussit à forcer la première ligne allemande sur tout le front qui lui a été fixé, mais les pertes sont très lourdes.
Le 22 juillet, il attaque encore, gagne un peu de terrain, mais subit de fortes pertes sur des réseaux de fil de fer intacts. Enfin, le 26, une troisième attaque l'amène sur le sommet de la montagne si âprement disputée. Le 27, l'ennemi contre-attaque violemment après de puissantes et très meurtrières préparations d'Artillerie. Vainement ! Le 14ème ne rend pas ce qu'il a pris ! Et encore une fois, les Chasseurs pourront dire avec orgueil :

« Là où nous- sommes, le Boche est vaincu ! »

Le 1er Septembre 1915, l'ennemi, avant traîtreusement fait usage d'obus à gaz et de liquides enflammés, reprend la crête du LINGE.
Le 14ème, qui est au repos, est rappelé en hâte. Deux compagnies, les 4ème et 5ème, sont envoyées pour contre-attaquer. Avec une fougue et un courage qui font l’admiration des Bataillons voisins, elles reprennent la position perdue.
Deux autres tentatives des Allemands avec les mêmes procédés barbares restent sans résultat.

La montagne du LINGE, où tant des nôtres sont tombés, est une terre sacrée que ne souillent jamais plus le Teuton exécré.


Source Historique du 15e BCA
Avec l’aimable autorisation de Jean-Luc Dron.

lundi 3 octobre 2011

Niewpoort, le monument au Roi Albert Ier


Architecte Julien de Ridder

Sculpteur Karel Aubroeck

Inauguré en 1938


Le monument a une forme circulaire et un diamètre de 30m. Vingt colonnes de briques venant de la vallée de l’Yser soutiennent une poutre circulaire d’une circonférence de 100m, au-dessus d’une terrasse cruciforme.


Sur la poutre circulaire est installé un promenoir avec des tables d’orientation


Le monument a été entièrement restauré en 1973 – 1974.


Au pied de cet édifice se troive un Mémorial britannique aux disparus

Trois lions sculptés par CS Jagger


Le mémorial commémore la disparition de 566 soldats dans le secteur
Le groupe de bronze autour de la base porte les noms des hommes, classés comme toujours dans l'ordre du régiment et le grade.


Source


vendredi 30 septembre 2011

Nantua (Ain)


Ouvre du sculpteur Morelon

Érigé en 1925


La base porte en lettres de bronze "A LA MÉMOIRE DE NOS MORTS".


Au centre, une statue de bronze représente une femme debout à la tête voilée, elle porte une robe à longs plis droits.


Sous ses bras en croix, elle présente deux vastes tables où sont inscrits les noms des morts de la guerre de 14-18. Elle symbolise la Patrie accueillant les héros mortspour la défendre


Le monument est situé entre les rues du Docteur Mercier et Saint-Michel, au centre d'un petit jardin entouré de murets surmontés de grilles en fer forgé.

Source : Jacqueline Bérard, Mairie de Nantua

C'est la rentrée !


Le blog était en léthargie durant ces mois d'été

Ca redémarre !